31 décembre 2007

Saint-Sylvestre

En ce 31 décembre 2007, je vous souhaite à tous un joyeux réveillon !

Le BàL, en cet instant, c'est 398 billets, plus de 850 commentaires, 59 974 visites depuis le 11 juillet 2005, et même 8 billets de plus en 2007 qu'en 2006...
Ouééééé !
;)

Mes principales résolutions pour le BàL en 2008 ? Encore plus de billets, deux ou trois quinzaines amusantes, toujours énormément de BD.

Et puis je fais le vœu de vous voir de plus en plus nombreux à visiter ces quelques pages et à y laisser des commentaires.

Très Bonne Année 2008 !

(BD) Héraclès

Héraclès, c'est le premier tome d'une collaboration entre Joann SFAR et Christophe BLAIN autour du personnage de Socrate, quadripède mi-chien, mi-philosophe.

Socrate est un lointain cousin du Chat du Rabbin, bien entendu. Excepté que ce dernier méditait sur les religions monothéistes, là où Socrate philosophe au sens non religieux du terme.

La philosophie de Socrate n'est pas exclusivement canine pour autant. Pure ontologie au contraire. Il faut même avouer que son thème de prédilection serait plutôt les relations entres hommes et femmes. Et en particulier entre Héraclès, cet homme viril et poilu mais tellement mal dégrossi, et les femmes qu'il croise, qu'il séduit, qu'il conquiert... sans jamais les comprendre.

Car les femmes, à l'image de Socrate le demi-chien, cherchent à s'affranchir du destin d'Héraclès. Héraclès incarne la force vive et l'action permanente. Il parle peu, voire pas du tout. Socrate s'invente finalement seul un dialogue philosophique. Dans cette atmosphère dépouillée sur fond rocailleux, les couleurs chatoyantes du pelage de Socrate et des robes des femmes sont du plus bel effet. Une série d'aphorismes rend encore plus savoureuses les pérégrinations du chien antique : « Le fait que l'être humain pratique la culture physique prouve qu'il a conscience de lui-même. Chez le chien, courir, ça ne prouve rien. »

A la fin du volume, Socrate et Héraclès montent à bord d'un bateau qui doit les mener jusqu'à Ulysse. Car qui mieux qu'Ulysse et sa Pénélope sauront leur dire ce qu'est l'amour ?


48 pages, coll. Poisson Pilote - 9,80 €

(BD) Black Hole

Vous pensez peut-être, parce que vous avez chopé une bonne gastro, un rhume carabiné, une otite ou que sais-je, vous pensez sans doute, dis-je, que ces satanés virus qui traînent à l'époque de Noël et des fêtes de fin d'année nous pourrissent la vie ?

Eh bien réjouissez-vous au moins de ne pas avoir chopé "la crève", de ne pas voir une queue de lézard apparaître au bas de votre colonne vertébrale, une plaie gigantesque dans votre dos, une seconde bouche à la base de votre cou, une énorme entaille sous le pied. Estimez-vous heureux de n'être pas défigurés, forcés de fuir la société humaine pour vous tapir au fond des bois obscurs, vous nourrissant des déchets de la ville, ne vous lavant plus, portant pour toujours le même survêtement...

... Quoi ? Ça commence à ressembler à vos vacances ?

C'est un petit résumé de Black Hole, BD culte de Charles BURNS. L'auteur est respectable et respecté aux U.S.A. depuis belle lurette, ayant travaillé auprès de Art Spiegelman, ayant collaboré au "Time", au "New Yorker" entre autres. Il a aussi conçu des pochettes d'albums pour Iggy Pop. Joli C.V. !

Le volume est épais et dès la première page, le mot "malsain" prend tout son sens. Les pages sont en noir et blanc, et le graphisme est aussi beau que dans les pages les plus cauchemardesques de Craig Thompson. Au départ, c'est une revue en six tomes, comme en atteste ce lien commercial. Les 300 pages de l'intégrale se lisent plutôt lentement, tant le dessin est riche, les expressions des personnages terriblement troubles, et puis le texte n'est pas en reste.

Au final, Black Hole c'est un roman fantastique, dont le scénario pourrait donner lieu à un film absolument scotchant. C'est aussi une parabole sur l'adolescence américaine dans les années 70, période pendant laquelle beaucoup de jeunes sont entrés en conflit avec la culture hippie et son idéal propre et joli. D'où l'hommage à Bowie, d'où les drogues qui deviennent plus dures, les armes à feu qui prolifèrent.

Un roman graphique qui met franchement mal à l'aise. Fortement conseillé si vous cherchez quelques images fortes pour vous faire vomir joyeusement avant les réjouissances de ce soir...


300 pages, éd. Delcourt - 29 €

29 décembre 2007

(BD) De Gaulle à la plage

Je vous parlais justement de Jean-Yves FERRI version Bouddha dans mon précédent billet, le revoici, en solo, dans ce De Gaulle à la plage vraiment désopilant.

Déjà, il y a la première de couv' : le Général, le Sauveur, l'homme du 18 juin... ... en short et en tongs ! On ne voit pas son visage, car le géant sort du cadre. Equipé d'un seau et d'une pelle en plastique, on a échappé de justesse à De Gaulle en maillot de bain de Gérard de Cortanze.

L'objet lui-même est superbe, avec son dos en tissu jaune et son motif écossais gris pluie et bleu Dauphine. On est en 1956, ou presque. Un autocollant nous rappelle l'info qu'il ne faut pas louper : « par le scénariste du Retour à la terre ». Sur la quatrième de couv', huit autres tomes sont listés, de De Gaulle en Chine à De Gaulle astronaute, sans oublier La Revanche de Pompidou ni Panique à Colombey. Ça sonne comme les aventures de Tintin, mais tous ces titres sont bidon, comme en atteste cette page de l'éditeur qui précise "tome 1/1". Martine à la ferme n'est pas très loin.

Mais vous savez quoi ? Ferri est aussi doué ici que dans le scénario du Retour à la terre, et son dessin et très affirmé. Les portraits de mémère et du fiston sont impitoyables ; leur chien Wehrmacht, qui appartenait à Hitler jusque ses dernières heures, est doué d'une véritable personnalité, sorte de croisement improbable entre Speed le chat et Rantanplan. Lebornec, enfin, est l'aide de camp à toute épreuve qui suit De Gaulle à la trace, lui explique comment se portent les tongs, le sauve du ridicule dans l'eau comme sur le sable, et recueille ses fameux Mémoires.

La mise en page sous forme de strips est aussi efficace que dans Le Retour à la terre, qu'il est décidément difficile d'oublier en lisant De Gaulle à la plage. Les gags se suffisent à eux-mêmes, mais se lisent quand même chronologiquement, à partir de l'arrivée de De Gaulle et de son équipage estival sur les plages bretonnes, jusqu'au moment où la France rappellera son providentiel président, après lui avoir supposé une liaison avec Grace Kelly en couverture de "Paris Match®". Vous avez dit peopolitique ?

Je crois qu'on attend tous la suite, maintenant ! Alors, à quand De Gaulle passe à l'Olympia ou De Gaulle aux sports d'hiver ?


48 pages, éd. Dargaud - 11 €

26 décembre 2007

(BD) Le Sens de la vis

Jean-Yves FERRI et Manu LARCENET s'associent de nouveau dans Le Sens de la vis, volume I. Relativement loin des strips comiques et triviaux du Retour à la terre qui les a rendus riches et célèbres, ce traité de philosophie orientale sur un banc suédois se fait hétéroclite et pince-sans-rire, multipliant les private jokes et développant le sens du décalage esthétique à qui mieux mieux.

Mais Ferri et Larcenet retombent sur leurs (parfois lourdes) papattes, et c'est la bonne surprise des dernières pages.

Tout l'album repose sur une discussion esthétique entre un disciple empâté ressemblant étrangement au double fictif de Larcenet, et un maître zen petit et râblé représentant peut-être Ferri. Le comique de la situation surgit dès que nos deux personnages sont en présence, et leur duo rappelle Laurel et Hardy.

Dans la partie centrale du bouquin, le disciple montre ses derniers dessins au maître. La moitié des pages y passent, c'est un peu (trop) long. Mais Larcenet adopte ici un trait fin et discontinu, proche du croquis, qui s'accommode très bien avec l'atmosphère d'un jardin bouddhiste. Ferri et Larcenet, ou bien le maître et l'élève, ou bien le ying et le yang, ou bien l'intellect fébrile et la pesanteur du corps...

C'est peut-être le début d'une très bonne série, pourvu (pour ce qui me concerne) que les auteurs veuillent bien éviter d'encombrer l'essentiel avec des fioritures dont l'intérêt s'épuise vite. Le personnage de l'apprenti dessinateur ne doit pas être un prétexte à nous refourguer tout et n'importe quoi. L'autodérision permanente, ça ne marche pas. D'ailleurs Ferri, le maître zen, s'ennuie, baille, s'endort plus d'une fois dans la partie centrale du volume. J'espère comme lui que la suite sera à la fois plus consistante et tout aussi divertissante.


Env. 80 pages, éd. Les Rêveurs - 15 €
Le beau site web des Rêveurs est par !

25 décembre 2007

(BD) Les Cœurs solitaires

Je découvre Cyril PEDROSA à l'occasion de ce cadeau de Noël. La première de couverture est avenante, la quatrième légèrement convenue, mais c'est un achat conseillé par une libraire, alors comment ne pas l'aborder en toute confiance ?

Jean-Paul est un trentenaire qui a hérité de la fabrique de jouets en bois créée par son défunt père. Il est célibataire, c'est un bon ami et un fifils à sa maman bien comme il faut. Il fait son footing quotidien en survet rouge pimpant, et croise tous les matins une jolie blonde plantureuse à qui il n'a jamais dit autre chose que "B'jour".

Alors un jour sans crier gare Jean-Paul pète son câble et se tire en croisière, non pas sur le yacht de Bolloré, qui était déjà pris, mais sur un transatlantique rétrogradé en mer Méditerranée. Là, il rejoint un groupe de cœurs solitaires : les hommes portent un badge bleu en forme de cœur qui indique qu'ils sont libres. Les femmes itou, en rose. Le problème avec Jean-Paul, c'est qu'il devient le meilleur pote... de plusieurs couples qui se font et se défont au fil de l'eau...

Reviendra-t-y ? Reviendra-t-y pas ? Se maquera-t-y ? Se maquera-t-y pas ?

C'est le suspens de Noël, à éviter quand même si vous êtes célibataire et que vous passez la soirée du 31 décembre auprès de votre maman. A moins d'avoir l'esprit caustique.


56 pages, éd. Dupuis - 9,80 €

21 décembre 2007

Dom Juan

Non, je n'oublie pas que je vous dois un beau billet sur Jacques le Fataliste et son maître, le chef d'œuvre de Denis Diderot paru en 1796. Mais franchement, est-ce une raison pour ne pas vous parler d'abord de ma re-re-re-re-relecture du Dom Juan de MOLIERE, créé en 1665 par la troupe de Monsieur, frère du Roi Louis XIV ?

Pfuit ! Certainement pas !

Le Dom Juan de Molière est une réécriture d'une pièce créée en 1630 en Espagne par Tirso de Molina, un religieux : El Burlador de Séville, comprenez L'Abuseur de Séville sous-titrée "le Convive de Pierre". Vous connaissez tous le personnage de Dom Juan, justement parce qu'il n'est pas resté dans l'histoire qu'un simple personnage littéraire, mais parce qu'il est passé, à partir de la version de Molière, dans la catégorie très sélect des mythes. Comme plus tard Faust et Dracula (pour le côté monstrueux), Casanova et Cyrano de Bergerac (dans la catégorie "ils ont existé mais leur héritage est édulcoré"), ou bien encore Lolita (sorte d'écho féminin du scandaleux Dom Juan).

La pièce de Molière est en cinq actes, chose peu commune pour une comédie du XVIIè siècle, qui pour la plupart se présentent en trois actes seulement, les deux actes supplémentaires étant plutôt l'apanage des tragédies classiques. C'est que justement Dom Juan, comme Le Tartuffe à laquelle elle succède dans l'œuvre du plus génial des dramaturges français, est une comédie sérieuse. Entendez : ça fait rire mais pour mieux critiquer.

En effet, Le Tartuffe avait été créée en 1664 par Molière et sa troupe, sous la protection du frère du Roi. Comédie en trois actes qui se moquait des faux dévots, une variété animale très répandue à la cour, selon l'auteur. Ce discours étant d'une vérité insoutenable pour certains, la pièce est aussitôt jouée, aussitôt censurée. En 1667, Molière récidive après avoir maquillé son personnage de faux dévot à la truelle, et lui avoir changé son habit de religieux pour un habit de gentilhomme. Aussitôt jouée, aussitôt censurée. En 1669 enfin, la troisième et dernière version écrite du Tartuffe est protégée par le Roi lui-même ; la pièce a été réécrite en cinq actes et valide une rigueur politique et morale dans laquelle le Roi veut se reconnaître ; d'autant que l'œuvre se termine sur un "rex" ex machina.

Entre temps, en 1665, dix mois seulement après le revers de fortune de la première version du Tartuffe, Molière crée Dom Juan. Les premières répliques de la pièce foncent tête baissée dans le lard des censeurs du Tartuffe. La Compagnie du Saint-Sacrement, pour ne pas les citer, était une secte d'ultra catholiques qui entendaient gouverner par leurs simagrées et leur feinte rigueur morale. Parmi tant d'autres lubies, ils avaient proscrit l'usage du tabac à priser. Celui qui se roule en petites boulettes dans les narines et qui, dès qu'on en prend, « purge les cerveaux humains (et) instruit les âmes à la vertu ». Alors Molière, qui jouait Sganarelle dans Dom Juan, se fend d'un éloge du tabac en guise d'entrée en matière. Provocateur, tout simplement.

Les raisons qui me font adorer cette œuvre sont trop nombreuses pour être énumérées ici. Mais à chaque nouvelle lecture, je reviendrai persister et signer. Le Tartuffe et Dom Juan de Molière, ce sont deux vaccins contre une forme de bêtise encore trop répandue aujourd'hui.


62 pages, coll. Classiques & Cie Hatier - 2,85 €

(BD) Mémoire morte

Une BD en noir et blanc, une structure cyclique et une absurdité inléluctable façon S.O.S. Bonheur pour nous faire prendre conscience du destin de l'homme, qui est de détruire pour reconstruire. Un scénario et des personnages qui peuvent rappeler Brazil de Terry Gilliam, les envolées lyriques en moins...

Ça s'appelle Mémoire morte, mais ça n'a pas grand chose à voir avec l'informatique. Cette BD hautement parabolique de Marc-Antoine MATHIEU est l'occasion du 133è billet de cette année 2007 qui se termine. Ouf ! Le compte à rebours est terminé !


62 pages, éd. Delcourt - 12,90 €

20 décembre 2007

(BD) Vitesse moderne

C'est la première fois que je lis une BD de BLUTCH. Cet auteur et dessinateur, qui a eu 40 ans cette année, a été édité à L'Association, chez Fluide Glacial et Casterman. Blutch s'est principalement illustré dans des récits courts et des œuvres monotoMes.

Vitesse moderne, c'est un récit très très très onirique, composé « dans la matière dont les rêves sont faits », comme dirait je ne sais plus qui. Et pour le coup, on peut penser à la Nadja de André Breton. Sauf que Lola, chez Blutch, n'est jamais le moteur de son propre rêve éveillé : elle le subit au contraire, tout au long de ses quatre-vingt pages et à l'exception de la dernière planche. Lorsqu'elle passe le seuil d'une porte, elle ne sait jamais dans quelle autre pièce de son rêve cela va la mener. On se croirait un peu Dans la peau de John Malkovich. En butte contre ce magnifique aléatoire, Lola évite de justesse de se faire violer par son voisin, par son père, par son chorégraphe (le sosie de Merce Cunningham), de se faire lyncher par ce même chorégraphe, par des femmes de la haute ou par un groupe de religieuses. Au final, la seule expérience érotique à peu près satisfaisante du volume est celle qu'a vécu Omar Sharif le jour où il a pris le métro, et qu'il s'est retrouvé avec un cul anonyme, ferme et odorant en plein milieu de la figure... Mais je ne vais pas vous raconter tout ça.

Le trait est affirmé et les ambiances sont très belles. Le personnage de Renée, écrivaine un peu vaine, accompagne Lola comme un fantôme d'un bout à l'autre du récit.

Un volume complètement esthète, à lire d'une traite par peur de s'ennuyer, ou en tout cas de ne pas retrouver ni le fil de l'histoire, ni le pourquoi du comment. Composé comme un rêve, Vitesse moderne se lit comme on regarde un téléfilm sans scénario : sans bouder son plaisir, sans attendre grand chose.


80 pages, coll. Aire Libre - 13,30 €
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16 décembre 2007

(BD) Lily Love Peacock

Lily, c'est la petite fille de Jeanne Picquigny et de Eugène Love Peacock, héroïne et héros de La Tendresse des crocodiles et de L'Ivresse du poulpe. Et ces trois personnages aussi atypiques qu'attachants sont sortis de l'imagination de Fred BERNARD.

Vous parlerai-je ici d'un érotisme des silhouettes hérité de Manara ? D'une noblesse des visages inspirée par Hugo Pratt ? Voire d'arabesques en noir et blanc pouvant rappeler les belles pages de Craig Thompson ?

Lily a tout d'un succès programmé pour des lectrices de "Elle", "20 ans" ou "Jeune et Jolie". Le personnage créé par Fred Bernard a tout pour plaire aux fans de Pénélope Jolicœur. Mais Lily, c'est bien plus que ça.

D'abord, Lily a une ascendance, et c'est déjà pas courant en BD. Ensuite, elle est rock 'n' roll et ne manque pas de caractère. Ça change des midinettes dont les mangas débordent, ou des icônes un peu connes de la BD érotique. Lily est certes un canon de beauté, certes elle a un boulot stéréotypé, celui de mannequin. Mais ce volume raconte d'abord et avant tout une aventure intérieure. Lily doit retrouver ses racines tout en se projetant vers ce qu'elle veut vraiment faire de sa vie. A la recherche de son père, le fils d'Eugène Love Peacock, elle a l'occasion de vivre une expérience musicale à valeur initiatique. Cette espèce de road graphic novel est d'ailleurs entrecoupée de poèmes chansons de Lily, composés aux quatre coins de monde du temps où elle ne disposait pas d'elle-même.

La mélancolie naturelle de Lily est caressée dans le sens du poil par le retour de ses souvenirs d'enfance, qui s'entremêlent avec des images volées à ses grands-parents.

Pour paraphraser le commentaire de Julie, cette BD, on l'aime comme une amie qui nous confie ses joies et ses peines.


274 pages, coll. Ecritures Casterman 2006 - 12,95 €
On parle aussi (vaguement) de ce bouquin par ICI
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(BD) Chez Francisque, tomes 1 & 2

Manu LARCENET signe et persiste chez Fluide Glacial. Il a cette fois pour compère un certain Yan LINDINGRE. L'amour de la dive bouteille semble les avoir réunis pour le meilleur... comme le pire, peut-être.

Le premier tome, Chez Francisque, affiche une ambiance glauque qui sent l'amateur de vin aigri. Le second rectifie le tir en rendant, pour commencer, l'emballage un peu plus accorte. Au comptoir, chez Francisque qu'on ne voit pas une seule fois dans ces deux fois quarante et quelques pages au format 24x32, des piliers et des pilières de bar aux idées bien arrêtés. En particulier sur le sujet de l'étrange étranger.

La plupart des personnages répugnants ici présents sont en effet les représentants d'une sous-catégorie bien précise de l'humanité : celle des « mâles blancs, adultes, hétérosexuels, catholique et de droite ». Bienvenue en France.

Dans leur premier volume, Lindingre et Larcenet y vont un peu fort, et au bout de quinze ou vingt gags faciles sur « les nègres, les bicots, les niaks et les youpins », même au second degré, on soupire, ennuyé et affligé. Le problème n'est pas tant de flirter avec les gros mots et les idées dont il ne faut pas parler, parce que OUI, elles ont cours dans notre beau pays, et pas seulement dans les bars populos. Le problème, pour ma part, c'est que beaucoup de blagues se font sur des scénarii déjà entendus vingt fois depuis le collège, dans les commerces, dans la rue, dans les réunions et en passant par "le monde de l'entreprise"...

Donc le second tome est bien meilleur, parce que le racisme y reste LE thème principal, mais qu'il y a là une critique plus consensuelle des esprits étriqués. S'il s'agit d'être raciste envers les cons, alors d'accord.


2x48 pages, coll. Fluide Glacial - 13,50 € chaque tome
Pour en savoir plus sur l'ordre de la Francisque : Wiki
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15 décembre 2007

(BD) Le Grand tourbillon de la vie

Un autre album de VOUTCH, publié en 1998 au Cherche midi.

Celui-ci est organisé en chapitres de longueurs très inégales : entre une page (quel chapitre !) et plus de dix. Et voyez les thèmes : Business, Couples, People, Technologies... Autant de raisons de se rendre compte que, comme le dit si bien la quatrième de couverture, « Voutch brosse le portrait ironique d'une société moderne confrontée chaque jour à des problèmes de plus en plus complexes. »

Ouais. Enfin les problèmes de téléphones portables et de disputes conjugales des couples people en vacances sur des yachts sont peut-être spécifiquement moderne... et encore... Mais ce qui procure surtout du plaisir à lire ces planches de Voutch, c'est la justesse dans la dérision.

Un homme, devant une devanture de magasin, crie à tue-tête dans la rue : « Attention ! Attention ! Je ferme dans trois minutes ! » Au dessus de lui, des bâtiments haussmaniens gris et vides, personne non plus sur le trottoir, ni aucune voiture dans la rue... L'enseigne indique "Timbres anciens"...

Voutch doit tout à Sempé et à Tati, et ce genre d'œuvre n'appartient ni à une époque, ni à un lieu. Remplacez le téléphone portable par le poste de télévision, le yacht près de Chypre par la grande plage de La Baule, et Voutch n'est plus particulièrement moderne.

Le trait est efficace, mais moins que dans ma précédente lecture. Les thèmes sont variés, mais l'organisation en chapitres donne ici à l'ensemble des airs de compilation mal ordonnée. Sur le plan éditorial, ça n'est pas aussi abouti que Le Doute est partout, mais on éclate de rire à plusieurs reprises, quand même.

Je pensais à Sempé lors de ma découverte de Voutch, et cela m'avait mis dans d'excellentes dispositions... Il ne faudrait pas, à force de comparer Voutch à lui-même, que je boude mon plaisir.


68 pages, Le Cherche midi éd. - 17,10 €
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(BD) Le Doute est partout

Le Doute est partout : tu métonnes...

VOUTCH est l'auteur de dessins de presse qui paraissent régulièrement dans Le Point, Psychologies et Madame Figaro. La classe, non ? Enfin, pour moi qui ne suis lecteur d'aucun de ces titres, c'est surtout un auteur subtil et drôle.

Je découvre ici le septième album de ses dessins. Et la première référence qui s'impose est bien évidemment Sempé : l'image est plus importante que le texte, mais le texte placé discrètement sur la page d'à côté ou en-dessous, concis, rend l'humour de Voutch désopilant.

Un exemple ? Un colonel se tient devant ses hommes sur le terrain. En treillis, l'arme au poing, ils l'écoutent. A l'horizon, on voit des nuages de fumée, un tank : « Barton et Kowalski, c'est vous qui avez la meilleure mutuelle complémentaire : j'aimerais que vous vous portiez volontaires pour cette dangereuse mission. »

Un autre ? Un homme qui peut avoir quarante ans est assis dans son salon, son journal entre les mains. Au premier plan, un gamin joue à un jeu de construction. La mère est sur le côté du canapé, debout, et montre du bout du doigt un livre qu'elle tient ouvert. Elle déclare devant son mari dubitatif : « Je suis très sérieuse, Jean-Paul : d'après ce bouquin, 87 % des petits garçons qui n'ont jamais eu l'occasion de voir le sexe de leur père connaissent d'énormes difficultés professionnelles à partir de 35 ans. »

Je vous le dit : Voutch, c'est le fils spirituel de Sempé, à ceci près que son trait a sa propre identité, et que les aquarelles sont devenues des à plats très colorés, dans des ambiances qui m'ont rappelé le Jazz Club de André Clérisse.


63 pages, Le Cherche midi éd. - 25 €
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13 décembre 2007

(BD) Exit

Exit : c'est un volume de taille moyenne contenant entre 80 et 100 pages sur fond noir. C'est pas écologique niveau encrage, mais c'est pas fait pour, je le crains...

Thomas OTT rassemble ici plusieurs parutions antérieures, et le tout se lit comme un recueil de nouvelles graphiques. Le trait peut rappeler Charles Burns, ou, pourquoi pas, le Stassen de Deogratias dans ses pages les moins appétissantes.

Thomas Ott affiche dans cette œuvre un pessimisme généralisé à l'égard de l'espèce humaine et de ses destinées. En entrant dans des chiottes publiques taguées du sol au plafond et où les lunettes de chiottes en plastiques ont disparu depuis longtemps (ça renseigne sur l'ambiance), un implacable tueur à gage ne prête même pas attention à l'une des inscriptions, Charlie Manson for President, qui fait l'apologie d'un terrorisme esthétique.

Un type rêve trois fois de rang qu'il meure dans d'atroces souffrances, mais lorsqu'il finit par se lever du lit, il trébuche simplement et se brise la nuque sur sa table de chevet. Sordide, non ? Un autre est dans la jungle du Vietnam, bombardée au napalm, lorsque son équipier est fauché par une décharge de mitrailleuse. Lui-même est touché, s'écroule puis se met à délirer (visuellement). On se saura qu'au bout de quelques pages qu'il a littéralement perdu la tête... Le tout se termine par un champignon nucléaire, « manière d'enfoncez-vous bien ça dans le crâne tout à fait inutile » (je plagie Jean Rouaud dans l'incipit des Champs d'honneur, prix Goncourt 1990).

Bref, c'est noir. Noir est l'humour, noires sont les pages. Noir est aussi le personnage qui se venge de la façon la plus noire. Exit, de Thomas Ott, ne propose pas franchement de possibilités pour s'en sortir. C'est plutôt l'éternel constat : on est tous dedans jusqu'au cou, et « personne ne sortira d'ici vivant »... comme disait Jim Morisson dans ses moins bons jours.


Env. 80 pages, éd. Delcourt 1997 - actuellement indisponible
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(BD) Lucie s'en soucie

Lucie s'en soucie, c'est la version féminine de Monsieur Jean. Mais comme il s'agit ici du premier tome, et que la référence est criante, ça manque de maturité, tant dans le trait que dans le scénario.

Lucie est une jeune femme qui approche la trentaine, elle est célibataire et sans enfants. Or ses amies et sa sœur ont fondé depuis longtemps "un foyer", et Lucie commence à s'inquiéter franchement.

Alors, comme de bien entendu, elle flirte avec son voisin de palier, le brave Henri. L'archétype du gentil gars quasi asexué, un peu trop gros un peu trop chauve, gentil... plutôt meilleure confidente que meilleur coup du siècle, en résumé.

Mais évidemment ça n'est pas si simple, et Lucie ne va pas trouver le bonheur à si bon compte. Quand Henri lui propose un week-end de randonnée à la montagne, façon boy scout, elle n'en peux plus et s'enfuit. Elle ne tarde pas à tomber dans les bras d'un bellâtre qui lui fait prendre conscience qu'en amour, elle apprécie un brin de brutalité et de superficialité, plutôt que des tonnes de compassion et des louches de camaraderie.

Pour le reste, tous les clichés de la presse féminine y passent : le shopping forcené, les kilos en trop, la copine de bureau, les séances d'épilation du maillot, la piscine, la copine d'enfance artiste et libérée, le beau frère franchement beauf... Voyez le sketch de Florence Foresti sur ses vacances en Corse avec les enfants de ses amis.

Il faudra que je jette un coup d'œil à la suite de la série, qui va probablement mûrir et s'affirmer. Mais au prix exorbitant de chaque volume, ce sera en bibliothèque ou pas du tout !


CATEL et GRISSEAUX, Lucie s'en soucie
120 pages, coll. Humanoïdes associés - 13,90 €
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10 décembre 2007

(BD) Mac Steel

Mac Steel : a real true Hollywood story : tu m'étonnes... Car effectivement tout le volume est mis en scène pour nous faire croire à la destinée extraordinaire et banale de cette star imaginaire du 7è art.

Le dessin, d'abord, m'a fait penser au Christophe Blain de Isaac le Pirate, même si la couverture rappellerait plutôt l'excellent Gus du même auteur. Mais Jean-Louis MARCO est moins esthétisant que Blain, et va plus loin dans la déformation des silhouettes et des expressions faciales de ses personnages. Pour la couleur, en revanche, c'est assez basique et on peut le regretter.

La colonne vertébrale de cette B.D., ce sont plusieurs pages d'interview des proches (famille, amis, collègues) de Mac Steel. Une case par personnage, coupés façon documentaire et apportant chacun leur tour leurs réponses au mystère Mac Steel. J'ai retrouvé, dans un style plus relâché toutefois, l'ambiance de docu-fiction de Wimbledon Green. Tout le monde s'exprime pour éclaircir les zones obscures de la légende Mac Steel : l'ami faux-frère qui a disparu pendant les années de trouble, l'ancienne partenaire de scènes érotiques, le producteur cupide, le réalisateur opportuniste, l'expert ès cinéma hollywoodien...

Mais alors qui est Mac Steel ? Simplement un acteur épais et pas malin, façon Stallone, qui enchaîne les rôles sans psychologie dans des scénarii improbables, hier au far west en justicier façon John Wayne, il nagera demain au plus profond des océans sous l'apparence d'un homme dauphin, ou bien terrassera à la mitrailleuse les petits bonshommes verts venus envahir les Etats-Unis d'Amérique, autrement dit la Terre...

Dérision, dérision... Il n'empêche, Jean-Louis Marco nous fait rire tout en balayant les plus gros défauts de la société américaine, qui sont aussi les nôtres. Et puis mine de rien, son analyse du milieu hollywoodien à travers la destinée de Mac Steel est hautement probable, tant il est vrai que la réalité dépasse souvent la fiction.

En résumé, j'ai bien ri, j'ai aimé le dessin, et le personnage va me manquer... Alors à quand Mac Steel II, le retour du come back ?


60 pages, coll. Le Cycliste - 9,50 €
10... 9... 8...

08 décembre 2007

(BD) Au Passage du Pourquoi-Pas

Ce n'est pas le passage Pommeraye que j'aime tant, mais un passage parisien : celui du "Pourquoi-Pas". La B.D. du Rennais Stanislas BARTHELEMY et de la Bordelaise Anne BARAOU publiée à L'Association en 2001 est quelque part entre Les Voisins du 109 et Monsieur Jean.

Mais où exactement ?

Eh bien à part la nymphette, le facteur moustachu, l'égoutier, le clodo, la doudou guyanaise, la concierge moustachue, l'amnésique et la pute, je dirais que Au Passage du Pourquoi-Pas propose une galerie de personnage légèrement moins stéréotypés que les Voisins. Quant au dessin, il est effectivement beaucoup plus proche de l'école Dupuy & Berberian, voire d'un Guy Delisle.

Dans ces quelques 48 pages en noir et blanc, découpées en fines tranches de vie, d'amour pesant et de mort légère, l'écriture se veut travaillée. J'aurais tendance à dire "hélas !" Car la nécessité du jeu de mots finit par rendre certains épisodes insipides.

Ça fleure bon la vie de quartier parisienne, mais on est loin du Paysan de Paris d'Aragon, qui avait lui aussi son passage fétiche : le Passage de l'Opéra. Il y avait là aussi une concierge, des gens affairés, des enfants qui courent, des putes au rôle social déterminant, et même un écrivaillon...

C'est peut-être ça qui manque ici pour faire le lien, pour tisser un fil conducteur : un vrai personnage principal au milieu de cette galerie de portrait. La mise en abîme des dernières pages ne nous dit pas pour autant QUI observe le Passage du Pourquoi-Pas, ni POURQUOI.

Lorsque j'étais môme, une voisine de ma grand-mère avait appelé son chien Pourquoi. Et lorsqu'on lui demandait « Pourquoi il s'appelle Pourkoâââââ ? », elle répondait, comme de bien entendu, « Ben pourquoi pas ? »


48 pages, L'Association - 10,50 €
10... 9...

(BD) B. Traven, portrait d'un anonyme célèbre

« A quoi bon vos actes de naissance ? Vous avez faim ? Cela suffit pour démontrer que vous avez été mis au monde.
A quoi bon vos actes de mariage ? On vit avec la femme qu'on aime, on lui fait des enfants. C'est comme ça qu'on se marie. Avez-vous besoin de papiers pour le savoir ? »


Voici résumée un pan non négligeable de la philosophie de B. Traven, auteur mystérieux d'une œuvre profonde. Prononcées par un vieil Indien du Chiapas devant une assemblée de jeunes compatriotes, ces phrases ont une résonance particulière, à l'heure où d'aucuns comparent la lutte armée d'une organisation terroriste avec l'idéologie xénophobe des Nazis. On n'a rien à gagner à provoquer de tels amalgames ; on n'a tout à perdre à banaliser ce genre de comparaisons hâtives. A quoi bon avoir des papiers s'ils servent à ceux-là pour nous sortir du pays ?

Mais excusez cette parenthèse, tout cela n'a rien à voir avec la littérature...

B. Traven, vous connaissez ? L'auteur du Trésor de la Sierra Madre, du Pont dans la jungle, de La Révolte des pendus ou du terrible Vaisseau des morts qui relégua les récits de Conrad à la catégorie des contes de fées pour vieilles dames. Traven voulait que son œuvre soit lue, et espérait disparaître derrière elle, laisser la biographie en coulisses. Cette B.D. de GOLO mène un reportage post mortem aussi documenté qu'hallucinatoire, et retrace le parcours aventurier et miséreux d'un homme qui occupa plusieurs identités : B. Traven, Hal Croves, Ret Marut ou encore Torsvan, l'agent littéraire...

Le dessin est très beau, proche de celui d'un Fred Bernard, et parfois onirique comme un David B. La plupart des cases sont bichromes, mais la vie de Traven est remplie de couleurs : du rouge révolutionnaire au noir de la peste politique, des songes bleus et verts de ses nuits dans la forêt tropicale, au jaune aride des villes aztèques et des plages.

A une lettre près, TraveN deviendrait TraveL et cette nouvelle identité ne le trahirait pas plus qu'une autre. L'itinéraire de B. Traven est bien sûr celui d'un génie, parce que sinon quel intérêt ?

Golo, grâce à B. Traven, rejoint William Boyd et son Nat Tate au rayon des faussaires littéraires. L'histoire ne dit pas si Bolo est l'auteur de la fiche sur B. Traven, et toute ressemblance avec un écrivain ayant réellement voulu ne pas exister serait purement non fortuite. La seule chose certaine est sa mort, à Mexico, le 26 mars 1969. Or on ne peut pas mourir si l'on a pas vécu, vous êtes d'accord ?

Magnifique livre, malgré quelques longueurs au niveau de la documentation historique.

Et Golo, au fait, vous connaissez ?
Le golo, est appelé également spinstix, ou encore bâton du diable : « Le but de la discipline est de maintenir le bâton dans les airs en lui imprimant un mouvement à l'aide des baguettes tenues dans chaque main, et de lui faire parcourir des figures. »... Wiki ne dit pas si les figures acquièrent, par là, une existence propre, ou bien s'il n'y a que la persistance rétinienne qui en garde mémoire.

Pour ce qui me concerne, cette B.D. m'a durablement tapé dans l'œil.


140 pages, coll. Futuropolis - 19 €
10...

Le Renard de Morlange

Le Renard de Morlange est un court roman de Alain SURGET, bien écrit, et ambitieux par la langue et le vocabulaire spécifiques au monde médiéval.

Pourtant, l’histoire est une réécriture d’une légende qui peut sembler rabattue : celle de la métamorphose d’un homme en bête sauvage, les nuits de pleine lune, jusqu’à ce que la victime se repente de ses mauvaises actions.

Mais ici, le passage qui raconte la vie du jeune renard sauvage est particulièrement intéressant : comment tirer profit de ce nouveau corps, et de la queue si touffue qu’elle embarrassante, au début ? Comment se nourrir ? Comment échapper aux prédateurs : vieux et robuste renard, loup solitaire, chiens de ferme hargneux, pièges de braconniers … ? L’intraitable comte de Morlange subit dans le monde nocturne sauvage les lois terribles, inégalitaires et injustes qu’il fait subir à tous les habitants de son fief. En tirera-t-il des leçons ? S’adaptera-t-il aux conditions difficiles du monde forestier ? Pourra-t-il un jour retrouver sa forme humaine ?

Pour étoffer le thème, on peut lire le lai de Marie de France, Bisclavret, ou regarder le clip de Michael Jackson, Thriller

Pour poursuivre l’aventure au sein du monde animal, on peut lire le très beau roman de A.W. Ecker, La Rencontre, qui raconte l’histoire réelle d’un jeune garçon un peu différent des autres, et qui va faire la rencontre improbable d’une femelle blaireau.


125 pages, coll. Nathan Poche - 4,50 €
Une lectrice du BàL

Mon chat le plus bête du monde

L'été dernier, lors d'une visite sur l'Île de Nantes, j'ai pu voir un grooooos matou, et acheter ce livre dans la boutique de souvenirs... ...

Giles BACHELET a plusieurs grandes qualités : déjà, son trait est très précis et très varié. Le gros chat est dessiné de façon très réaliste (si, si : regardez à deux fois la couverture), bien qu'il le représente dans des postures plus improbables les unes que les autres (si, si : regardez à deux fois la couverture). Par exemple, une pleine page représente une demi douzaine de positions qu'adopte le chat pour faire sa toilette ; eh bien Bachelet réussit très subtilement à mêler les postures habituelles d'un chat et les contraintes morphologique de l'éléphant, car il s'agit d'un éléphant (si, si : regardez à deux fois la couverture).

Ce récit en images est vraiment drôle, tant visuellement que dans l'écriture. Le narrateur épluche un catalogue sur les chats, mais ne parvient pas à déterminer à quelle espèce appartient le sien. Il le peint dans différents styles, et cela donne un Magritte, un Dali, un Picasso, un Matisse, un Renoir, un Mondrian, etc.

C'est un superbe album, un peu grand pour les mains des jeunes enfants, mais qui fera rire à partir de 2 ans et jusque 152.


40 pages, Seuil Jeunesse - 13 €

05 décembre 2007

Micmac moche au Boul’Mich’

Ce n’est pas un titre de la série du Poulpe, mais un autre tome des Nouveaux Mystères de Paris, ces enquêtes de Nestor Burma, le détective privé à la pipe en forme de taureau et au parler argotique.

Ce qui fait l’unité de ces Nouveaux mystères de Paris (ce titre fait bien sûr référence aux Mystères d’Eugène Sue), c’est d’abord le retour des personnages principaux : Nestor Burma, bien sûr ; sa secrétaire, Hélène, jolies gambettes et répartie impertinente ; et le commissaire Florimond Faroux, dont les bacchantes se hérissent ou retombent selon son humeur…

Ensuite, les romans de Léo MALET empruntent au théâtre classique une de ses règles élémentaires : l’unité de lieu. La tragédie de Brouillard au Pont de Tolbiac se situe dans le XIIIe. Dans MMBM, on suit le privé au cœur du Ve arrondissement : le boulevard Saint-Michel, la rue Mouffetard (« la Mouffe »), la place de la Contrescarpe, et autres rues aux noms pittoresques du quartier Latin.

Enfin, et c’est peut-être une caractéristique du polar du XXe siècle, la langue de Léo Malet mêle avec habileté allusions littéraires, passé simple et argot fleuri des années 50.

Une jolie poupée, Jacqueline Carrier, refuse de croire que son julot, Paul Leverrier, se soit brûlé la cervelle. Pour elle, c’est un crime déguisé. Ses grands yeux bruns, sa taille fine et ses biftons font promettre au privé de mener l’enquête. Seulement, d’après les tuyaux de Florimond, il n’y a pas bésef à chercher autre chose qu’un suicide. Alors, pas d’enquête ? Si, au moins pour aider Jacqueline à se faire une raison…

En bref, des strip-teases médiévaux, l’héritier d’Alexandre, un corbeau chanteur, un grand Noir sentimental, quelques cadavres bagarreurs, Baudelaire et une boucherie en catimini… Voilà les principaux ingrédients de Micmac moche au Boul’Mich’. Ne vous fatiguez pas à jouer les privés : vous n’êtes pas Nestor Burma !

Lisez plutôt les polars de Léo Malet, si possible dans cette très belle édition de 1999, chez Fleuve Noir, avec de belles photos noir et blanc du Paris des années 50.

PS : en commentaire, un extrait sur les chaises criardes de la P.J.


237 pages, coll. Fleuve Noir - 22 €
Une lectrice du BàL

02 décembre 2007

Pas de vacances pour Immense Savoir

Comme Le Fer et la Soie, du même auteur, on se demande pourquoi ce récit de Mark SALZMAN est réservé aux jeunes lecteurs… La découverte de cet auteur se confirme !

Ce roman d’aventure raconte la quête d’un jeune homme de tout juste vingt ans. Pour l’amour de son père adoptif, un moine bouddhiste chinois, il va réaliser l’impossible : aller en Amérique pour ramener le fameux Sûtra du Rire, un parchemin bouddhiste que le vieux moine rêve de lire depuis toujours.

Cette quête constitue un exploit, car rien que sortir de la jeune et Nouvelle République chinoise communiste, tout juste sortie de sa Révolution Culturelle, relève de la mission impossible : les frontières sont gardées, et les franchir relève du crime de haute trahison contre le Parti et la mère-patrie.

Heureusement, Hsun-Ching est aidé par un homme bien curieux, aux yeux jaunes et à la force prodigieuse, vêtu d’une armure du Moyen-âge et qui se fait appeler Colonel Sun : c’est un immortel… mais il n’est pas très bien au courant des avancées de notre civilisation. Aussi a-t-il parfois des réactions assez étonnantes. Ce décalage provoque souvent des situations et des réflexions du personnage assez cocasses, tout comme le décalage opéré par les différences de culture entre la Chine et les Etats-Unis met souvent le jeune héros dans des situations embarrassantes, et drôles. Par exemple, le colonel perd de précieuses secondes à hurler contre un écran de télé où le présentateur continue à discourir, ce lâche, au lieu de venir secourir ses camarades mal en point…

Au-delà du roman d’aventure, Pas de Vacances pour Immense Savoir propose aussi un éclairage très critique sur la Chine communiste refermée sur elle-même de façon à ne permettre aucune critique de ses habitants. De la même façon, le personnage du colonel Sun, immortel et ancien « roi des Singes », guerrier mythologique, apporte une flopée d’anecdotes tirées de l’histoire du pays, réelles ou légendaires, tout à fait passionnantes, et qui ont toutes une résonance dans le monde actuel, ou du moins dans l’initiation du jeune héros.

Si vous êtes curieux de ce pays en plein boum économique, vous aurez beaucoup de plaisir à lire ce roman qui aborde, en prime, quelques réflexions philosophiques (qu’est-ce que la loyauté ?) sur la tolérance religieuse, le déclin des civilisations les plus abouties, la révolution pour une liberté qui se révèle destructrice et dictatoriale…


371 pages, coll. Ecole des Loisirs - 7,60 €
Une lectrice du BàL

(BD) Amerika

Robert CRUMB (né en 1943 à Philadelphie) est en quelque sorte le père fondateur des comic books américains. Il a été, dans les années 70 et 80, un auteur aussi prolifique que contestataire. Son dessin peut rappeler les toiles et sculptures de Fernando Botero : petites têtes et corps enflés, rondeurs tellement rondes qu'elles dégoulinent à la façon des montres molles de Dalí.

Cette anthologie s'intitule faussement Amerika, avec un "K" façon Kafka. En effet la société décrite dans ces 93 pages est aujourd'hui celle de tout l'occident, pas seulement des U.S.A. Et puis « Pourquoi les foules sont-elles si écœurantes ? », demande Crumb en dessinant une file d'attente au guichet d'un fast food. « Parce qu'en général, les gens qui les composent sont encore pires pris individuellement, j'imagine... » Notez qu'il n'en est pas sûr...

Robert Crumb est un dessinateur génial et jubilatoire, dans le sens où il s'affranchit de nombreuses censures : formelles, de mise en page, mais aussi politique, religieuse et morale. Il prend un malin plaisir à représenter des scènes d'orgies, particulièrement des orgies sexuelles, tout en s'excusant dans un petit cadre en bas de la page : « j'aimerais tant savoir mieux dessiner ! »

Crumb, tel qu'il se représente, est aussi un individu maigrichon et d'aspect plutôt repoussant. Ses idées réactionnaires ne font pas dans la demi-mesure : il est contre la modernité, les jeunes, la musique populaire, l'architecture moderne, les engins spatiaux et toute forme d'agissements de groupe. Forcément, Crumb est avant tout un solitaire.

C'est pourquoi de nombreuses pages sont ici des dénonciations, et les gens ou les faits que dénonce Crumb sont nommés précisémment. « ... Et quel pays de dingue où l'on peut dessiner comme on veut les choses les plus dégradantes, les plus irrévérencieuses sur les puissants, et tout le monde s'en fout ! Pas de taule, pas de poursuites... On vous exclut simplement du marché !! »

Lucide, Robert Crumb gagne aussi à se présenter lui-même comme une victime du système qu'il dénonce. Solitaire et maudit à ses débuts, le citoyen Crumb est devenu au fil des ans l'un des papes de l'underground.

On voit son trait évoluer ici, entre 1969 et 1991, entre un style hérité des strips début de siècle et quelque chose d'à la fois beaucoup plus dépouillé et plus réaliste, quelque part entre Tronchet et Wolinski... tout en restant, surtout, 100 % Robert Crumb.


94 pages, éd. Cornélius - 19 €

29 novembre 2007

Balzac, le roman de sa vie

Balzac, le roman de sa vie n’est pas une biographie comme les autres.

D’abord, Stefan ZWEIG ne la commence pas par « M. Trucmuche est né en l’an 1934, à Saint-Nigouilles-les-Oies, en Champagne, un lundi. » Vous ne fermerez donc pas le livre après avoir lu la première ligne.

Ensuite, la vie de Balzac est romanesque. On y trouve tout ce qu’il faut pour un roman :
- du sentiment : passions durables, aventures légères et réjouissantes, eau-de-rose épistolaire, chagrins pathétiques…
- de l’action et des courses-poursuites : Balzac est passé maître dans l’art d’échapper à ses créanciers …
- des prises de risques : les grands projets d’entreprise de Balzac (maison d’édition imprimerie, fonderie de caractères pour imprimerie, mines d’argent en Sicile, construction d’une cabane-palais croulante, l’idée non réalisée de plantation d’ananas en Île-de-France… ) sont tous des fiascos sans précédents.
- de l’humour : chacune des courtes apparitions de Balzac dans les salons parisiens provoque rires et caricatures.
- et surtout, de la création pure, grandiose car, lorsque Balzac oublie le clinquant faux du Paris mondain, se met à sa table, prend sa plume et donne vie à Rastignac, Lucien de Rubempré, Louis Lambert, la simplette Eugénie ou le diabolique Vautrin, c’est toujours un miracle de réalisme, qui marquera ses héritiers jusqu’à aujourd’hui.

Bref, grandes amours, déceptions, aventures, et création artistique d’un homme exceptionnel : tout y est !

Enfin, Zweig est un très bon biographe-romancier. Certains portraits de Balzac sont dignes des plus grandes pages de littérature. La composition du livre est parfaitement maîtrisée, dans l’équilibre entre les frasques financières et amoureuses d’Honoré, et le travail colossal du créateur. On peut regretter que l’auteur-écrivain n’entre pas plus dans la critique littéraire de la Comédie Humaine, car chaque fois qu’il le fait, c’est passionnant, et ces pages donnent plus que tout autre une envie furieuse de (re-)découvrir l’œuvre balzacienne. Merci, Zweig.


506 pages, coll. Livre de Poche - 6,95 €
Une lectrice du BàL

25 novembre 2007

(BD) Le Cabinet chinois

Je vous présente la première B.D. de Nancy PEÑA, publiée fin 2003 dans la collection "Contre-jour" des éditions La Boîte à bulles. Je vous avais déjà parlé de cette auteure pour sa participation dans la collection des MiniBlogs pilotés par Miss Gally.

L'HISTOIRE. Cette BD vous proposera un bon moment de lecture, avec de bonnes idées de scénario. Dans un pays qui fait penser à la Hollande, aux XVIIe ou XVIIIe siècles, une jeune femme, au caractère bien trempé, Magriete, est enlevée par un riche commerçant à la triste figure qui revient d’un séjour en Chine. Là-bas, il était amoureux de la femme de l’empereur. Évidemment, une fois cette liaison mise à jour, il a été prié de quitter le pays. Depuis, il cherche un substitut de cette beauté qu’il a aimée, et qu’il retrouve sous les traits de Magriete. Parallèlement, il fait mener des recherches par un jeune alchimiste afin de soustraire cette beauté aux aléas du temps…

Le principal intérêt de ce tome réside dans les ambiguïtés de l’héroïne, car, si elle est révoltée d’être traitée en bibelot, sa révolte va bientôt se teinter d’autres sentiments, sous l’influence de l’étrange cabinet chinois. Délire ou magie, cette tapisserie s’anime et révèle bien des choses…

Le trait du dessin est simple et efficace, mais certaines scènes, comme les scènes d’hallucination du cabinet chinois, seraient plus fortes avec des couleurs et des nuances dans les ombres.

Il n’empêche, Nancy Peña est une auteure à suivre…


95 pages, éd. La Boîte à bulles - 13,50 €
Quelques pages par ici : http://www.la-boite-a-bulles.com/
Billet écrit à quatre mains

(BD) Monsieur Jean : Inventaire avant travaux

Monsieur Jean est une série de Philippe DUPUY et Charles BERBERIAN, deux auteurs prolifiques, auteurs également des albums du Journal d'Henriette, auteurs (pour aller au bout de la répétition) emblématiques de la B.D. francophone des années 1990.

Au niveau du trait, Monsieur Jean est un peu comme l'évolution naturelle du trait de Tintin : des visages réduits à quelques lignes continues, des yeux qui ne sont que des points, des personnages archétypes : le cadre sup, l'écrivain rêveur, la blonde aux yeux bleus, la jeune mère active, le clochard barbu, le gamin rebelle...

Mais il y a une différence majeure entre la série de Hergé et celle de Dupuy et Berberian : c'est la durée. Dans Tintin, les épisodes se succèdent sans que les personnages vieillissent, il y a une succession mais pas de durée. Les épisodes se font souvent écho, mais plutôt pour des raisons éditoriales que par souci de l'architecture d'ensemble. Monsieur Jean est plus proustien : tout l'intérêt de ses aventures est qu'elles se développent en permanence dans une temporalité qui imite celle de la vraie vie : les traits des visages évoluent, les cheveux se font plus épars, des cernes apparaissent sous les yeux, Dom Jean devient mari et papa, et c'est un auteur publié.

Esthétiquement, même si j'ai un peu de mal avec les archétypes, même si les ambiances de ce tome de 2003 renvoient plutôt au début des années 1990, j'apprécie quand même la maturité du dessin, et les couleurs contrastées.

Mais Monsieur Jean, je trouve, est une série qui s'installe un peu trop. Les auteurs dessinent sur du très long terme. Les personnages ont une durée, mais paradoxalement ils n'ont pas de fin : on les rend vivants, on les ancre dans un quotidien ressemblant au maximum au quotidien dans le monde réel (une manifestation contre la réforme des retraites passe en bas dans la rue)... mais on n'admet pas un instant que cette vie puisse avoir une fin.

A cet égard le thème de cet épisode est édifiant : Monsieur Jean vient de laisser son ancien appartement à un ami pour emménager dans un nouvel appartement en famille. Nostalgique, il pense à son ancienne vie et la relie à ses grand-parents. Effrayé par son nouvel environnement, il passe la moitié du tome prostré sur son lit, en position fœtale, à faire des rêves hautement symboliques. Le locataire précédent est mort en ne laissant derrière lui que quelques objets du quotidien. Monsieur Jean, alors, réfléchit à sa propre finitude...

Mais par la nécessité de l'effet "épisode", cette interrogation intime est étouffée dans l'œuf, et disparaît aussi soudainement qu'elle est apparue : Monsieur Jean est immortel et ses auteurs veulent continuer d'en vivre, quitte à faire l'album de trop. Comme un épisode de XIII qui sort un mardi 13 novembre, à quand deux épisodes de Monsieur Jean par an, le 24 juin et le 27 décembre ?


56 pages, coll. Expresso Dupuis - 9,80 €
Charles Berberian est ici : http://www.myspace.com/halfnightmusic

24 novembre 2007

(BD) Little Lit, 2 : Drôles d'histoires pour drôles d'enfants

C'est le second tome de la série des Little Lit compilée et mise en page par Art SPIEGELMAN et Françoise MOULY. La couverture est de Charles BURNS, auteur de Black Hole, et ces quelques soixante quatre pages contiennent des histoires, jeux et scénarii de Maurice SENDAK, Jules FEIFFER, Paul AUSTER, Lewis TRONDHEIM, Claude PONTI, Crockett JOHNSON et autres Kim DEITCH ou Jacques DE LOUSTAL...

Pour ce qui concerne la présentation, c'est exactement le même principe et le même format que pour le premier tome : très grand volume, lourd aux pages épaisses, beaucoup de couleurs et des styles très très très variés.

Parmi les histoires que j'ai aimées : "Les Multiples moi de Selby Sheldrake" de Art Spiegelman, qui ouvre le bal. Puis "Bébé Céréales Keller", une double page très profonde sur la vie, l'appétit et la mort signée Maurice Sendak.

Parmi les jeux, "L'Incroyable labyrinthe" de Lewis Trondheim est tout simplement... incroyable ! On pense à M.C. Esher et on s'amuse à aller au bout de tous les culs-de-sac. La "Drôle d'image" de François ROCA n'est pas mal non plus : poétique comme un tableau de Magritte, esthétique comme une pleine page de Chris Ware, elle fait référence au travail de Art Spiegelman, comme un clin d'œil à l'initiateur de tout ce beau travail là.

Ça date de 2001 et ça a été traduit en 2005. J'espère qu'il y aura d'autres tomes. Aux U.S.A. c'est déjà le cas.


64 pages, éd. Seuil - 15 €
Le site officiel : http://www.little-lit.com/
Un plus long article par ici : http://legenepietlargousier.com/

(BD) Le Réducteur de vitesse

« Après La Révolte d'Hop-Frog (sur un scénario de David B.), unanimement salué par la presse et titulaire du Totem BD 97, délivré par le salon du Livre de Jeunesse, à Montreuil, Christophe Blain livre un long récit étonnant, riche en péripéties drolatiques et émouvantes. Surtout, Le Réducteur de vitesse est l'expression vivante et parfaitement maîtrisée d'une aventure passionnément humaine. »

Voilà pour le "pitch", comme on dit à la télé ou à la radio. C'est le texte d'introduction d'un dossier de 8 pages qui précède la B.D. Dossier illustré de croquis, d'ébauches, et d'extraits d'entretiens avec Christophe BLAIN.

Un jour une amie m'a fait observer que c'était le propre des œuvres d'art contemporain que de ne pas pouvoir se passer d'un discours d'explication, ou d'introduction. L'art contemporain ne peut pas se passer du langage. Vous voyez l'idée ?

Alors voilà, nous y sommes dans cet art contemporain de la B.D., où l'artiste lui-même est le premier à s'expliquer, où l'on peut lire des analyses très savantes, du type « Mes modèles ont été les bandes dessinées des années soixante - soixante-dix, telles que Lucky Luke où les premiers Blueberry, dans lesquelles les couleurs sont sacrément osées. »

Bon, concrètement cette aventure passionnément humaine est surtout un long récit, 80 pages. J'ai refusé de lire l'introduction/justification avant de lire la B.D., et après la lecture je n'en avais plus la moindre envie.

C'est L'HISTOIRE de deux appelés dans la Marine, un océanographe, le personnage principal, et un écrivaillon, tous deux complètement inadaptés à la vie à bord. A quai, encore, ça peut aller. Mais dès que "Le Belliqueux" prend la mer, ils ne font plus que vomir.

On retrouve ici les thèmes et les ambiances récurrents chez Blain : la crainte de la mort, le manque de courage, la maladie qui amène des délires visuels, les relations viriles dans un groupe, l'insoumission au "chef". Je ne sais pas si c'est un hommage à Lucky Luke, mais le traitement des ombres et des couleurs renvoie cette B.D. de Blain... à d'autres B.D. de Blain, avant tout.

Publiée en 1999 après un premier succès, cette B.D. s'inspire apparemment du service militaire de l'auteur, tout en situant l'action à une époque plus lointaine, où les carrières militaires avaient du sens. L'histoire est lente et répétitive ; l'action, déjà aussi peu tendue qu'un string détendu, est interrompue par des anecdotes hautement allégoriques, comme celle du petit chien fabriqué avec une serpillière et des bouts de balai... Le récit principal, lui-même, ne prend sens qu'à travers un gros symbole : celui d'un taille-crayons qui cause le démantèlement du plus gros navire de guerre de la flotte.

Une jolie histoire, sans plus. Bien dessinée, c'est certain. Mais au-delà... même un dossier pédagogique ne suffit pas à faire de cette B.D. un essentiel du genre.


80 pages, coll. Aire libre - 14 €

22 novembre 2007

Jacques le Fataliste et son maître

Ah, que c'est bon de se re-relire un classique ! Surtout quand c'est un classique licencieux... et pour ça, Denis DIDEROT est notre homme...

Mais qu'il est difficile de dire pourquoi l'on aime un classique ! C'est pourquoi, faute de mieux pour le moment, rendez-vous dans les commentaires pour quelques lignes dans le texte.


308 pages, coll. Hatier poche - 5 €

(BD) Love Hotel

Loce Hotel, publié en 1993 est une collaboration entre Fred BOILET et Benoît PEETERS. Le premier est un dessinateur très talentueux et un scénariste doué pour l'intime, passionné du Japon, amant fantastique de l'érotique Aurélia Aurita. Le second m'est inconnu.

L'HISTOIRE. David Martin, médiocre employé du Ministère des Sports (ou d'une entreprise multinationale liée au sport, on ne sait pas), supplie sa collègue de lui céder une mission au Japon. Non pas qu'il veuille faire de la politique ni se torcher la tronche aux frais de l'ambassade de France à Tokyo, mais il a rencontré une Japonaise de 17 ans, Junko, qu'il compte retrouver là-bas. David une fois arrivé annule la moitié de ses rendez-vous et décommande rapidement l'autre moitié, sous des motifs bidons. L'ambassade devient furieuse, ses supérieurs et collègues aussi. La meilleure façon de vivre avec ça est de ne pas chercher à savoir.
David rejoint donc Junko, mais la passion attendue n'est pas au rendez-vous. Junko, trop jeune, est enfermée dans les convenances de la société japonaise. Et David, en décalage permanent par rapport à cette société, passe son temps à résoudre des problèmes de timing, d'argent, d'endroits introuvables. David Martin est par deux fois comparé à Antoine Doinel. Rappelez-vous en effet les amours ennuyeuses d'Antoine avec une Japonaise dans Domicile conjugal. Mais ici on est plus proche des Salades de l'amour que de L'Amour en fuite. Comprenne qui peut.

Le trait est assez pâteux et la case est chargée ; tout ça n'a rien d'agréable pour les yeux. A certains endroits seulement, j'ai retrouvé le réalisme très particulier, extrêmement poétique, que je connaissais à Boilet. Le Japon moderne n'est pas la patrie du dépouillement mais de l'opulence, et la sexualité des jeunes écolières fait partie des marchandises disponibles.

J'ai trouvé le scénario confus et peu crédible. J'ai apprécié certains moments où le dessin capte des impressions qui ne pourraient passer par les mots. Finalement tout ça se termine un peu comme un mauvais manga érotique d'Alex Varenne. Un sujet plutôt intéressant au service d'un livre qui ne l'est plutôt pas.


106 pages, éd. Casterman - 19 €

(BD) Peep show

Avec un titre comme ça, vous allez probablement être très nombreux à venir jeter un œil... Je rappelle aux pervers de tous poils qu'une Quinzaine du Q les attend depuis cet été...

Bien... Nous voilà donc de nouveau entre lecteurs. La crème des pervers en quelque sorte.

Joe MATT (né en 1963) est un auteur de comics contemporain, il est américain et côtoie, si on l'en croit, d'autres auteurs contemporains comme Seth ou Chester Brown. Si vous connaissez un peu l'œuvre de Seth, alias Gregory Gallant... eh bien sachez que le travail de Joe Matt n'a strictement rien à voir !

Peep show est une série de comics que Joe Matt a d'abord publié au format fanzine, comme Seth pour Palooka Ville ou Kevin Huizenga pour "Or Else". Beaucoup d'auteurs, en particulier ces auteurs publiés chez Drawn & Quarterly, ont cette habitude depuis des années. Il ne faut donc pas s'étonner si au troisième chapitre, Joe Matt cite la publication des deux premiers en volumes séparés. Ce volume de 2001, qui compile les cinq premiers numéros de Peep show, avait été publié aux U.S.A. sous le titre The Poor bastard. Mais au fait que raconte Peep show ?

L'HISTOIRE. Elle est à la fois aisé et difficile à résumer. C'est le quotidien d'un personnage autobiographique, dessinateur de comics assez crus et autobiographiques, d'un type qui approche la trentaine et voit son crâne, déjà, se dégarnir. D'un amoureux pitoyable parce qu'un tantinet obsédé par toutes les filles avec qui il ne couchera jamais. Joe Matt, le personnage éponyme, est donc l'ami de Seth et de Chester Brown, deux autres auteurs de comics qui ne connaissent pas encore le succès de Joe, mais qui ne s'en portent pas plus mal. Car le relatif succès de Joe ne l'empêche pas d'être perpétuellement malheureux. C'est un bon gars, mais plaintif et tellement égocentrique. Ses amis, Seth surtout, ne cessent de le ramasser à la petite cuiller. Joe s'acharne à rattraper celle qui va ici devenir son ex. Il est pathétique et instable, la supplie puis l'insulte, lui fait sauvagement l'amour puis lui gueule dessus.
En bref c'est un mec.

T., B., G., P. et vous autres les quelques mecs qui lisez ces lignes, je vous jure que ce type va vous plaire. Lire les mésaventures de Joe, ça permet de se regarder un peu de l'extérieur, de se marrer, d'extérioriser quelques pulsions sans blesser personne. Evitez juste de vous fendre la poire trop ouvertement, sinon vous allez attirer l'attention. Vous savez comment ça se passe. Non, franchement : faites-vous plaisir, mais gardez ça pour vous.

Ben voilà en somme, Peep show c'est le jardin secret de nous-les-jeunes-hommes. C'est comme regarder nos actes, nos pensées et nos penchants les moins glorieux par le petit bout de la lorgnette. Les filles ont Aude Picault ; il y a même des types qui adorent ça. Nous, nous avons Joe Matt. On ne perd pas au change. C'est bon d'être un mec.


171 pages, éd. Humanoïdes associés - 13,90 €
La page de Joe Matt sur Myspace : http://www.myspace.com/josephmatt
Ce cher Google nous propose pour les mots "peep show" beaucoup de site pornos, forcément, mais aussi un très beau site anglais de design, par ici : http://www.peepshow.org.uk/

21 novembre 2007

Messager

Voilà encore un de ces romans destinés aux jeunes lecteurs et dont on est étonné qu’il leur semble réserver… Dès les premières pages, le récit et le style de Lois LOWRY vous envoûtent et vous retiennent au creux des lignes.

Matty vit à Village, chez un vieil aveugle dont le vrai nom (que lui a donné la communauté et qui révèle une caractéristique de sa personnalité profonde), est Visionnaire. Matty n’a pas encore reçu son nom. Il espère que ce sera Messager car c’est lui porte les messages aux autres communautés, de l’autre côté de Forêt. Forêt… il est le seul à la traverser sans appréhension, sans avoir peur qu’elle ne l’agresse avec ses ronces parfois dangereuses et ses lianes capables de retenir quelqu’un prisonnier avant de l’étrangler.

Mais depuis quelque temps, une drôle d’ambiance envahit Village : insensiblement, certaines personnes changent… il y a même un groupe d’habitants qui réclame la fermeture des frontières, pour que l’on n’accueille plus les migrants. Pourtant, cette hospitalité est légendaire, c’est elle qui fonde Village : tous ses habitants viennent d’ailleurs. Le plus souvent, ils ont été chassés violemment par les leurs, d’autres ont fui une misère devenue insupportable. Et puis il y a ces séances de troc : ça aussi ça a changé. Il s’y passe des choses bizarres, que Matty veut essayer de comprendre…

Messager, ce n’est pas vraiment un roman de science-fiction, ni même d’anticipation. La façon dont l’auteur a choisi de nommer les lieux et les êtres, relève plus de la fable. En fait, on peut appeler ce récit un roman-fable : il est porteur, comme son héros, d’un message qui amène le lecteur à réfléchir sur le monde dans lequel il vit, et c’est aussi un roman complexe autour de personnages qui ont une personnalité et une psychologie plus recherchée que dans le récit court de la fable.

Et, le moins qu’on puisse dire, c’est que ce double objectif est atteint : le lecteur est transporté dans un monde si lointain, et pourtant si proche…


192 pages, coll. Medium de L'Ecole des Loisirs - 10,50 €
Le blog de Lois Lowry est par ici : Lowry updates
Une lectrice du BàL

19 novembre 2007

(BD) Erminio le Milanais

Ça y est : j'ai enfin lu hier soir Erminio le Milanais dessiné par Erwann SURCOUF.

Eh oui, je suis lecteur depuis longtemps de Double Plus Bon, fanatique de l'homme à la tête noire, et je me suis fait offrir Erminio, ce joli grand tome en noir et blanc sur papier glacé, il y a longtemps, longtemps !

La musique du trailer ci-dessous n'ajoute rien à l'affaire, mais elle n'est pas étrangère pour autant à l'ambiance de cette B.D. Une cloche de village résonne au loin... les routes de campagne sont sinueuses, poussiéreuses... le climat est chaud, aride... les gens sont rudes et superstitieux, ils n'aiment pas la nouveauté.

L'HISTOIRE. Ça se passe dans les années 50, en Sicile. Un jeune instituteur arrive de Milan pour prendre en charge la classe des garçons du village. A peine arrivé, le voilà confronté au Maire, personnage lugubre, violent, étroit d'esprit et despotique, qui lui promet de repartir bien vite. Mais Erminio fait intervenir le recteur en personne, un ancien camarade de fac. Alors voilà son début de carrière placé sous la protection politique du gouvernement.
C'est la jeune sœur du Maire, la belle Anita, qui enseigne dans la classe des filles. Or Anita, mariée trop tôt à un bon gars du village, ne rêvait que de l'arrivée d'un beau jeune homme comme Erminio, instruit, curieux, espiègle comme elle l'est.
Leur relation reste longtemps secrète aux yeux des adultes, mais pas à ceux de tous les enfants.
C'est le fils du Maire qui raconte l'histoire de Erminio, à notre époque, dans une lettre écrite à un autre ancien élève de Erminio.

Le dessin de Erwann Surcouf est extrêmement beau et colle absolument à l'atmosphère posée ici, à l'époque de l'action, au climat de tension psychologique. C'est un trait épais mais précis, chaque case ayant l'air d'une palette, le blanc est tellement dense qu'on le croirait cassé, le noir bien plus profond que ne le donne à penser l'image ci-contre.

L'histoire d'amour entre Erminio et Anita compte parmi les plus belles pages du volume. Les convictions politiques, sociales et avant tout pédagogiques de Erminio en font, dans les yeux du prof que je suis, un personnage des plus attachants, c'est certain. Les thèmes abordés sont très bien mêlés : la superstition, les traditions, la religion bigote et ses processions absurdes, la petite politique et le pouvoir despotique, le handicap, la vieillesse, l'amour impossible... Tant de choses en aussi peu de pages, et pourtant l'univers d'Erminio est tellement bien rendu ! En deux pages on se croit en Sicile dans ces années-là !

Je regrette simplement que la fin de l'histoire soit un peu bâclée : A. LAPRUN et J. BEHE, les scénaristes, veulent en dire trop, et ne savent pas mettre un terme à leur histoire au moment opportun. Peut-être, comme nous, n'avaient-ils plus envie de lâcher leurs personnages ?


136 grandes pages, éd. Vents d'Ouest - 17,99 €

video
Cette vidéo est issue du Blog d'Erwann Surcouf

La lettre déchirée

« Il faut varier les prétextes, les tactiques. L’une consiste à partir d’un rire irrépressible dès les premières lettres du texte. Tenter de recommencer l’expérience, témoigner de sa bonne volonté, reprendre au début. Bégayer d’hilarité, se tronquer d’une lettre ou deux, lêcher au lieu de lâcher, substituer un rôt à un nôtre, s’arrêter à miche-main du mot pour lui faire dire autre prose : improviser avec aplomb, à partir de quelques lettres piochées ici et là. Et comme il tombe rarement sur le mot juste, provoquer parmi ses camarades une onde de sympathie afin que le professeur, à son tour gagné par la bonne humeur, ne puisse rien lui reprocher. Stéphane a travaillé son rire. Il a longuement étudié les comiques à la télévision. Il n’a pas honte de son corps, il ouvre la bouche très grand et sort toutes ses dents, s’il le faut. Il n’a pas peur de se plier en deux et de s’écrouler sur sa table. Il rit à s’en faire mal au ventre, aux oreilles. Il rit jusqu’aux larmes. Il rit jusqu’à ce que, derrière ses paupières embuées, il juge qu’il a assez ri. Alors il cesse progressivement, il laisse refluer l’hilarité. Quelques derniers soubresauts, un dernier soupir : encore sauvé, encore une partie de gagnée. »

Stéphane, 13 ans, a d’autres tours dans son sac : maladies feintes, quinte de toux subite, oubli du livre, texte mémorisé depuis la lecture de la veille, livre ouvert à la mauvaise page qui soudain, dans la panique, tombe par terre si bien que le tour passe à un autre élève… Personne ne sait qu’il ne sait pas lire : ni son copain Adrien, ni ses professeurs, ni sa mère. Jusqu’à présent, ces tactiques qui n’ont jamais failli. Jusqu’à présent…

Un roman de Ella BALAERT, bien écrit, sans jugements hâtifs, qui peut donner des frissons aux parents comme aux profs, et peut-être, rassurer quelques enfants qui n'auraient que des difficultés à lire…


120 pages, coll. Castor poche - 4,20 €
Une lectrice du BàL

18 novembre 2007

(BD) Cycloman

Charles BERBERIAN (textes) et Grégory MARDON (dessin) ont signé en 2002 ce tome assez épais en noir et blanc. C'est une sorte d'hommage aux superhéros de DC Comics, le magazine américain qui a fait rêver tant de gosses et qui a véhiculé tant de valeurs patriotiques durant la Guerre froide.

L'HISTOIRE. Emile est un gars qui ressemble au héros de Pilules bleues. Physiquement, donc, il tient (un peu) de Corto Maltese ; psychologiquement, ce serait plutôt Monsieur Jean, quand même. Il a une copine, Géraldine, qui m'évoque quant à elle l'autoportrait de Marjane Satrapi ou bien encore Jeanne Picquigny, mais en moins barrée.
Bref, pour aller à une fête costumée, Emile se trouve un costume de superhéros. Cycloman, vous connaissez ? Paraîtrait qu'il est plus fort que Superman et plus mystérieux que Batman. Quoi qu'il en soit, ses aventures n'ont pas duré longtemps, d'où le costume en soldes.
Là où ça devient étrange, c'est que la frontière entre la réalité et la fiction n'est pas bien nette (l'est-elle jamais ?), et que cette armure de Cycloman est en fait un joujou de l'armée américaine.
Pendant la soirée costumée, Lara Croft vient appuyer sur un bouton de l'armure d'Emile, et Emile se retrouve enfermé dans son armure, subissant les pulsions de sauveur mégalo programmées dans les circuits électroniques de son costume.

Voilà une B.D. très bien dessinée, j'aime vraiment ce trait qui n'est pas bien original mais qui paraît très mâture. Quelques scènes de délire ou d'ébriété font même preuve d'une certaine inventivité visuelle. Ça n'est pas Chris Ware ni Craig Thompson, mais... Emile, avec ses faux airs de Charlie/Waldo, a des expressions faciales variées et qui suffisent à faire sourire. Tout ça est dans un beau noir et blanc. Pour le reste, l'histoire tombe un peu à plat dans la mesure où nos deux auteurs ne choisissent jamais franchement entre hommage et pastiche.

Mais bref : ça se lit bien, c'est distrayant et grand public. C'est déjà pas mal, non ?


154 pages, éd. Cornélius - 18,95 €

Le Fer et la soie

Voilà un livre qui est pour moi une véritable découverte. Mark SALZMAN y fait le récit, avec beaucoup d’humour et d’émotions, de ses deux années passées dans la province chinoise du Hunan, à Changsha, en 1982-1984. Ce jeune enseignant d’anglais surprend tous les habitants, même les intellectuels. D’abord c’est un Blanc, ce qui a pour effet immédiat de tétaniser chaque Chinois qui n’a jamais rien vu de pareil. « Et en plus il parle ! »… le chinois.

Dans ce récit, chaque rencontre, qu’elle soit durable ou éphémère vaut son pesant d’humour et de tendresse. Pan Qingfu, aux sourcils si expressifs, champion national de wushu, est à la fois le maître exigeant du jeune Américain, mais il est aussi son élève, non moins intransigeant : « il faut être honnête, je préférais les moments où il m’enseignait le wushu à ceux où il m’enseignait la façon dont je devais lui enseigner l’anglais. »

C’est un voyage que nous livre le narrateur, mais ce voyage ne se fait pas de ville en ville, mais de rencontre en rencontre. Certaines d’entre elles trahissent une Chine qui, dans le discours, proclame l’Ouverture, mais qui en réalité, est encore ancrée dans la dictature communiste très méfiante à l’égard des pays occidentaux. En effet, les employés de bureau sont souvent enclins à jouer à « inventons un nouveau règlement pour nos amis étrangers ». Même certains professeurs d’université sont emplis du discours propagandiste du Parti : la bombe Hiroshima ? les Américains ne l’ont balancée que pour faire croire qu’ils étaient les vainqueurs, alors que la Chine avait déjà vaincu le Japon par la 8e colonne ! Les journaux occidentaux disent le contraire ? Evidemment : les journaux là-bas sont rédigés par des capitalistes, alors qu’en Chine, ils sont rédigés par le peuple, pour le peuple. Or, comment le peuple pourrait-il se mentir ?

D’autres personnes semblent moins aveugles mais s’abstiennent de toute critique à l’égard du pays. Ainsi, un passionné de littérature prétend impubliables la plupart des œuvres récentes parce que contraires à la philosophie socialiste du pays. Pourtant, ce professeur a lu ces livres d’une traite, et demande même au jeune Américain la faveur de garder Le Monde selon Garp, de John Irving…

Encore un récit publié en collection Jeunesse alors qu’il ravirait aussi une quantité d’adultes…


D’autres romans évoquant la Chine : Dai Sije, Balzac et la petite tailleuse chinoise (sur la Révolution Culturelle), Le complexe de Di (un psychanalyste chinois de retour en Chine…)
346 pages, Gallimard coll. Page blanche - 10,50 €
Une lectrice du BàL