03 septembre 2006

(Manga) L'Homme sans talent

Yoshiharu TSUGE (né à Tokyo en 1965) est à coup sûr un mangaka profond, et pas franchement gai. Son univers, comme parfois son trait, rappelleront plutôt les pages sombres de l'oeuvre d'Osamu Tezuka, le grand maître japonais, que le style propre et occidental d'un Jirô Taniguchi.

L'Homme sans talent, c'est une tranche de vie d'un homme d'âge moyen, nostalgique et peu enthousiaste à gagner sa vie. Son couple est décrépi, son jeune garçon a l'air d'un vieillard affligé. Durant une bonne moitié du volume, l'auteur se refuse à nous montrer le visage de l'épouse. Elle n'est que protestation, insulte son mari et l'ignore si elle le croise dans la rue.

Le personnage principal, qui semble en partie autobiographique, est un homme pour le moins songeur. Presque philosophe, même, mais dans la catégorie des loosers... « Pour finir je suis devenu marchand de pierres. Je n'ai rien trouvé de mieux. Tour à tour, je me suis essayé aux métiers de la bande dessinée, des appareils photo d'occasion, de la brocante... Mais rien n'a marché. En matière de pierres, je ne suis qu'un amateur. J'ai lu un ou deux livres, pioché quelques renseignements, c'est tout. En fait, le commerce des pierres, ça ne coûte rien au démarrage. Je me suis dit que, peut-être, c'était un métier pour moi. » Voilà commence l'histoire de cet homme sans talent.

Malgré l'originalité de la personnalité du héros, et malgré la qualité du trait qui est irréprochable, il y a quelques longueurs dans L'Homme sans talent. Le lecteur ne s'intéresse pas plus que le héros au commerce des pierres, or il va devoir en entendre parler en long et en large pendant plusieurs dizaines de pages. La période "appareils photo", heureusement, est moins détaillée et plus vivante : époque de relative réussite pour le héros. C'est là qu'apparaît le visage de sa femme, très symboliquement.

Finalement, Sukezô Sukegawa (ah oui, au fait, c'est son nom) croise le parcours de deux ou trois autres pommés de son genre, et cela finit par l'éclaircir un peu sur lui-même. Le bouquiniste d'à côté lui raconte l'histoire d'un homme mystérieux, un poète errant qui survint dans la vallée en 1858, avant de mourir en véritable poète maudit. Le sens de sa vie, ainsi que son tout dernier haïku, permettront peut-être à Sukezô un retour salutaire vers le dessin, son seul talent.


220 pages, coll. ego comme x - 25 €

2 commentaires:

Li-An a dit…

Appollo me bassine pour que je le lise. Son prix m'a bien freiné...

malaurie a dit…

Ne soyez pas freiné par le prix. Ce livre est un chef d'oeuvre. Les langueurs (plutôt que longueur) de ce livre font partie de cette histoire en grande part autobiographique d'un homme qui se questionne et nous interroge sur le sens de la vie, de la famille, du travail, de l'utilité sociale, etc.

C'est un livre éblouissant.