30 septembre 2006

(BD) La Guerre d'Alan

Alan Ingram Cope est un soldat américain qui débarque à la fin de l'été 1945 sur les côtes de Normandie. Le débarquement est bel et bien terminé depuis longtemps, et la mission du groupe motorisé auquel il appartient consiste au départ à stabiliser les zônes reprises aux Allemands.

Mais bien vite, Alan est emporté dans une sorte de fuite en avant, une ruée vers l'est qui va le projeter jusque sur le front russe. Le but non avouable de l'armée américaine étant alors de conquérir du terrain, et non seulement de restituer les zônes perdues par les populations locales... dérangeant pour le moins... et peut-être même cruellement actuel, allez savoir !

La Guerre d'Alan raconte surtout les mois et les mois d'entraînement d'Alan avant même qu'il embarque pour les côtes françaises. Les situations absurdes, propres à la préparation d'une armée en temps de guerre, s'enchaînent devant les yeux écarquillés du lecteur.

Il faut dire que le dessin est sublime. Il est le fait d'Emmanuel GUIBERT, qui est co-auteur du Photographe et de La Fille du professeur, entre autres. Un véritable auteur-dessinateur-journaliste de guerre-écrivain engagé, ce Guibert. Et aussi un formidable metteur en scène d'histoires.

Car Alan a vraiment existé, et il a confié à Guibert ses souvenirs de guerre, avant de disparaître récemment, emportant avec lui tout ce qu'il n'avait pas dit, et laissant à Guibert de simples enregistrements audio. Et comme Guibert nous avoue se documenter assez peu pour écrire, cela explique que le fond des cases soit souvent blanc...

Mais cela est une excellente illustration du principe qui veut que les contraintes les plus strictes permettent les plus grandes créations. En effet l'oeuvre ici rejaillit du passé d'un homme grâce à cette alchimie de Guibert, qui travaille de front les enregistrements audio, la masse des choses déjà sues déjà vues sur la guerre 39/45, et son propre style, réinventé.

Ce diptyque tient du Persepolis de Marjane Satrapi et du Photographe, tout en participant du souvenir et en touchant, on le comprend, Emmanuel Guibert de très très près. Alan Ingram Cope, ce soldat ordinaire, n'est pas mort.


86 et 94 planches, L'Association - 14 et 15 €

2 commentaires:

Nico a dit…

Moi, je suis grandiloquent ?
...
...

Bon, OK, je suis grandiloquent...

Tanguy a dit…

:)