29 août 2006

(Manga) Quartier lointain

Mon fidèle libraire me présentait il y a quelques mois la collection "écritures", de chez Casterman, dans les termes les plus élogieux. Quartier lointain est un des titres forts de cette collection. Jirô TANIGUCHI, l'auteur de ce diptyque, a été primé à Angoulème pour le scénario de Quartier loitain, tome 1. Que du bon, donc, a priori...

... Mais a priori seulement. En fait, je n'ai pas du tout trouvé bon le scénario : je l'ai trouvé convenu et déjà-vu-dix-fois. Un adulte fait un pélerinage sur la tombe de sa mère, et il redevient l'adolescent de 14 ans qu'il a été. Voyage dans le temps, réécriture du passé qui change le cours du futur. Tout ça se situe quelque part entre Retour vers le futur et 30 ans sinon rien, le second étant une m... hollywoodienne immonde et le premier un chef d'oeuvre de Robert Zemeckis.

Le premier tome de Quartier lointain est bien loin d'être aussi profond et aussi étudié que le premier volet de Retour vers le futur. Et pourtant, il en plagie les grandes lignes. C'est tellement évident que l'hommage de l'auteur au cinéma américain semble assez inopportun, d'ailleurs. Malheureusement aussi, il y a au moins une incohérence de taille dans le scénario : Hiroshi Nakahara, le personnage principal narrateur, s'effondre en 1998 devant la tombe de sa mère, morte en 1975. Lorsqu'il se réveille, il a 14 ans, on est en 1964. Son premier mouvement de panique est de s'enfuir au plus vite du cimetière. Il pense qu'il rêve, mais pour s'en assurer, il préfère se pincer (littéralement) que... jeter un oeil à la tombe de sa mère, qui normalement a encore 11 ans à vivre, eh oui !

Bon, à partir de ce moment-là, on se dit « okey, va pour cet artifice, qui permet au personnage de continuer à ne pas savoir où ni "quand" il est pendant plusieurs pages. Pourquoi pas. » Mais lorsque Hiroshi revient se recueillir au cimetière au terme de sa première journée en 1964, là vraiment, on se demande à quoi pense Jirô Tanigushi, et le jury d'Angoulème...

En dehors du scénario qui n'est donc pas fameux, versant dans la philosophie de comptoir et la rêverie sentimentaliste à répétition, la mise en page est carrément médiocre. Aucun talent pour "mettre en scène" le scénario, aucun plan inédit, que des images très scolaires, et un trait typique de manga occidentalisé pour l'exportation.

Ce qui est rageant, en fin de compte, c'est qu'avec peu de chose ça pourrait être presque bon, tout ça.

Le second tome peine à relever le niveau. Bien entendu, à force de mieux connaître les personnages, on s'attache un peu à eux. Mais l'auteur fait traîner pendant les trois quarts du volume le moment que le lecteur attend depuis longtemps : la date du départ mystérieux et définitif du père de Hiroshi. Hiroshi lui-même en devient du coup presque antipathique à force de ne savoir que faire pour éviter ce départ.

Sa dernière tentative pour inverser le cours des événements est celle à laquelle n'importe qui aurait pensé en premier lieu : parler avec son père. Il tarde à le faire, parce qu'aucune relation n'existe vraiment entre lui et son père. En fin de compte, aucune relation n'existe entre Hiroshi et qui que ce soit : ses "meilleurs amis" sont de vagues figurants, sa "fiancée" une fille qui réapparaît toutes les vingt pages, avec sa mère adulée il n'échange pas trois mots, pas plus qu'avec sa jeune soeur...

Ce manga bénéficie d'une bonne opinion, je crois, mais je n'y vois pour ma part que peu d'intérêt.


198 et 206 pages, coll. écritures - 12,30 € chaque volume

2 commentaires:

sylvie a dit…

moi qui ne suis ni "BD" ni "Mangas", j'ai plongé dans cet "incontournable" avec plaisir.

Nicolas a dit…

Eh bien alors "merci" d'être venue nous "le dire".
;)