25 septembre 2006

Biographie de la faim

Eh bien oui, ça y est : je me suis initié à Amélie NOTHOMB. Tout le monde connaît cette jeune auteure belge, dont plusieurs romans à succès ont été adaptés au cinéma. Stupeur et tremblements, avec Sylvie Testud, vient juste de repasser sur les petits écrans cette semaine, paraît-il.

Moi, sans ignorer les titres les plus connus, et sans ignorer tout du personnage médiatique non plus (comment cela se pourrait, puisqu'elle se prête volontiers à certaines émissions radio et aux talk-shows), je n'avais pas encore (eu envie de) franchi(r) le pas.

Or au détour d'un C.D.I. (ça va rappeler des souvenirs émus à certains et certaines, j'en suis sûr !), je me suis heurté (c'est une image) à une étagère débordante d'Amélie Nothomb. Soit, en gros, douze tomes de Stupeur et tremblements et trois ou quatre autres titres en un seul exemplaire. J'ai emprunté Biographie de la faim, et je l'ai lu dans le train. C'était bien !

Mais entrons dans le vif du sujet, car je ne me rappelle pas avoir autant abusé des circonvolutions introductives depuis mes débuts littérateurs sur la toile. Ceux qui m'aiment me le pardonneront bien.

Biographie de la faim, donc. Ou manière de découvrir Nothomb avec un titre qui indique plus clairement que d'autres que l'oeuvre est autobiographique. Il paraît que le débat agace l'écrivaine. Alors regarde bien, Amélie qui lit ces lignes (car je sais bien que tu les lis) : ton oeuvre EST autobiographique ! Gnark, gnark, gnark (je suis méchant). Argh, je ne vais pas y arriver, à parler du bouquin et du bouquin seulement...

Biographie de la faim, d'Amélie Nothomb, commence sur une présentation peu orthodoxe mais très wikipédiesque de Vanuatu, un archipel mélanésien oublié, anciennement (pas très) connu sous le nom de Nouvelles Hébrides lorsqu'il était encore administré par un condominium franco-britannique. Vanuatu, nous dit Nothomb, c'est le pays où la faim n'existe pas, n'a jamais existé. De ce postulat s'ensuit une quarantaine de pages plus ou moins loufoques, où le thème de la faim est exploité jusqu'à épuisement des ressources, comme s'il s'agissait de justifier le titre à tout prix.

La narratrice se reconnaît par inversion dans le destin de Vanuatu : elle, elle a toujours eu une faim inextinguible, irrassasiable, comme son père, Patrick, un mangeur invétéré, un avaleur fou, un diplomate glouton. Si bien que l'enfance de la narratrice commence pour ainsi dire avec cette affirmation : "je suis Patrick", répétée à volonté lors des réceptions à l'ambassade. On imagine Amélie avalant des pyramides de Ferrero rochers, gavée de Nutella.

Des ambassades, la narratrice en connaîtra plusieurs, et les souvenirs qu'elle évoque dans ce récit concernent une large période, entre 1971 et 1995, qui contiennent l'enfance, l'adolescence, la mort de l'enfance et le passage à l'état d'adulte. Les lieux ? Le Japon, La Chine, puis New York, puis le Bengladesh : un parcours de contrastes, c'est le moins qu'on puisse dire ! Le volume se termine avec les souvenirs du Japon sur lesquels il a commencé (vers la page 40, donc), vingt-cinq ans ont passé et le monde de l'enfance est perdu.

J'ai énormément aimé Biographie de la faim, qui en un seul tome réunit les expériences de Métaphysique des tubes (petite enfance d'Amélie), du Sabotage amoureux (fin de l'enfance, premier amour) et évoque même la période de Stupeur et tremblements (première expérience professionnelle au Japon). Une sorte de "meilleur de" Amélie Nothomb, en quelque sorte, où certes le déroulement du temps s'accélère sur les dix dernières années, qui ne sont pas évoquées pour elles-mêmes, mais simplement pour le retour de souvenirs plus anciens. Les passages du Japon à la Chine, puis de la Chine à New York, sont fascinants. La période new yorkaise est menée dans une atmosphère woody-allenienne, la narratrice se prenant d'un amour fou pour la jeune fille au pair qui s'occupe d'elle, une étudiante belge à la beauté suédoise qui rappellera Mariel Hemingway à tous les fans de Manhattan. Jamais lavomatic, buildings et ascenceur ne m'avaient paru si romantiques.

Une lecture initiatique très concluante !


240 pages, Albin Michel - 16,90 €
ou 192 pages, coll. Livre de Poche - 5,50 €

5 commentaires:

Bl. a dit…

Formidable article !

Je ne connais que "Stupeur et Tremblements" d'Amélie Nothomb. Ma passion pour le Japon m'a attiré vers cette lecture ou vers le film (je ne me souviens plus lequel que j'ai vu ou lu en premier).

Du coup, j'ai toujours hésité à lire d'autres romans d'Amélie... Peur d'être déçu, peur d'un univers qui peut-être ne va pas m'attirer (ce qui est totalement stupide parce que je ne connais en fait pas son univers)...

Mais à la lecture de ton article, je suis bien décidé à la (Amélie) et le (son univers) découvrir !

Nico a dit…

Je me permets de prendre le compliment en partie pour moi. Alors merci !
:)

Nico a dit…

Je signale à mes amis lecteurs et lectrices que Biographie de la faim est sorti en format poche au Livre de Poche. Quelle belle occasion de s'y mettre !
:)

pop a dit…

J'ai découvert Amélie Nothomb avec La métaphysique des tubes. C'est le seul roman d'elle qui m'ait réellement plu.
La narratrice n'est pas Amélie Nothomb au moment où elle écrit le livre, mais l'enfant qu'elle était lorsqu'elle a vécu les premières années de sa vie au pays du soleil levant. Elle nous livre une description poétique et mystique du Japon, un paradis (perdu...) dont elle est le personnage principal puisqu'elle est... Dieu. Peu importe au final ce qui relève de l'autobiographie ou de la ficion ; comme le rappelle Boris Vian dans les premières pages de l'Ecume des jours "l'histoire est entièrement vraie, puisque je l'ai imaginée d'un bout à l'autre."

Nicolas a dit…

Merci Pop pour cette première intervention sur le blog à lire. J'ai déjà entendu cette phrase de Boris Vian, mais ne confonds-tu pas vérité et réalité ?

Une histoire surréelle peut être "vraie", tout comme une histoire fausse peut être hyper réaliste...

Exemple ? Dans La Recherche du temps perdu, les souvenirs de Marcel qui resurgissent d'une tasse de thé sont incroyablement vrais, or objectivement les visages, les lieux, les objets de son passé ne peuvent être contenus dans une tasse de thé : ça n'est pas réaliste.