15 novembre 2005

Ensemble, c'est tout

Un billet signé Pelouse :

Depuis le temps qu'on m'en parlait : les amies, les élèves, ma mère, les magazines...

Encore un livre à conseiller à tous ceux - ou plutôt celles - qui ont envie de la jolie histoire d'un quatuor de personnages bien campés, très touchants : Camille, jeune femme qui s'abrutit à faire des ménages la nuit - pour ne pas penser à sa vie bancale et ne pas rencontrer trop de monde - n'a plus d'appétit à rien ; Franck, cuistot tout aussi abruti de boulot, mais mordu de moto, passe sa seule journée de libre avec sa mémé ; Philibert jeune aristo déchu, s'embourbe sans cesse dans ses bonnes manières et ses bégaiements, et une mémé comme toutes les autres, qui suit son rituel pour tuer le temps en attendant la visite de son petit-fils. Un quatuor de bras cassés qui se retrouvent à vivre dans un appartement que la Révolution et les Bleus n'ont pas saccagé : rideaux en cretonne, portraits d'aïeuls à lorgnons ou en costume de chasse à courre, baignoire Louis-Philippe.
Tout ce petit monde apprend à vivre ensemble, en s'échangeant les béquilles de temps en temps.

Dommage qu'Anna Gavalda n'ait pas mis la barre un peu plus haut pour son écriture. C'est agaçant cette façon d'oraliser l'écriture, de la ponctuer par des "hum" d'hésitation ou des "heho". Cette façon d'écrire me fait penser à ces productions de jeunes ados qui surchargent leurs lettres ou leurs rédactions de points d'exclamation, de suspension... !!! ... On attendrait plus d'efforts de la part d'un écrivain aguerri... !!! ...

Agaçante aussi cette absence de confiance qui amène plusieurs fois l'auteur à surligner les sentiments des personnages, à mettre des points sur les A, comme disait l'un de mes profs de version anglaise. Exemple, au tout début du roman : Paulette a fait un malaise, et se réveille en demandant "je suis morte ?". Sa bienveillante voisine pense la rassurer en niant. Paulette répond "Ah ?". Les trois lignes suivantes, soulignant le sentiment de déception et de touchante résignation de la vieille dame étaient-elles vraiment nécessaires ?

Bref, une jolie histoire de personnages attachants, que l'on a parfois du mal à quitter, mais on regrette le manque d'ambition dans le style d'A.G.

Fiche de l'auteur sur Evene.fr
573 pages, coll. J'Ai Lu - 8,00 €

5 commentaires:

Delph de Nice a dit…

C'est vrai, Anna Gavalda ce n'est pas de la grande littérature et il y a quelques maladresses ; mais c'est tout de même bien un bouquin où l'on ne réfléchit pas trop. T'as un peu essuyé ta larme ? non ?
Moi j'ai terminé "H4 blues" l'autre soir dans l'avion en dévorant un sandwich au jambon et beurre salé. J'ai bien aimé (le bouquin), mais Pouy fait un peu trop de "Pouisme" et privilégie les bons mots au détriment de l'intrigue c'est un peu agaçant ce jusqu'au boutisme du bon mot car finalement , qui est l'assassin ? on n'en sait rien. Alors, dans quelle catégorie classer Pouy ? dans le polar psychologique et humoristique ?
Bon, j'ai commencé "la moustache" d'Emmanuel Carrère hier soir aprés 6 heures de cours : 2 pages et plouf ! Le grand sommeil. D'ailleurs , je vais aller au dodo , non sans vous souhaiter une bonne nuit

Laurence a dit…

Oui bien sûrn Anna Gavalda n'use ni de grands mots, ni de belles phrases ciselée dans ce roman. Mais le ton en aurait-il paru aussi sincère? C'est l'histoire simple de quatre personnes simples. Le "style oralisé" m'a paru tout a fait justifié dans ce roman, même si j'apprécie également le travail d'orphèvre de certains auteurs, comme Ludovic Bablon ou même dernièrement Alain Claret. Chaque histoire demande une écriture singulière. Dans "Ensemble c'est tout", j'ai trouvé l'écriture adaptée au propos.

Nicolas a dit…

Je crois que Pelouse accepte l'idée de l'oralité du style. Cependant, comme les personnages chez Gavalda ont l'air particulièrement bien brossés (tout comme chez Vargas ?), on peut supposer que l'auteur est capable d'un effort supplémentaire : l'effort de la langue.
Si le style oral n'est là que par démagogie, pour élargir le lectorat vers le bas, alors effectivement ça me paraît dommage.
Je précise que je parle ici sans avoir lu Gavalda moi-même. Alors ça vaut ce que ça vaut...

Pelouse Kemener a dit…

Ce que tu dis, Laurence, est juste : le style oralisé est sans doute pertinent. N'empêche que ça m'a agacée, que ça a un peu gâché mon plaisir de lecture. Que l'on entende des traits - voire des tics- de langage d'un personnage quand c'est lui qui raconte, c'est une chose ; que l'on entende les mêmes tout au long du livre, c'en est une autre...
Or, je pense que, lorsqu'on sait créer de beaux personnages comme ceux D'A.Gavalda, on peut mettre la barre un peu plus haut dans l'écriture. Et cela ne veut pas forcément dire phrases grandiloquentes et vocabulaire recherché, au contraire.
Je ne connais pas du tout Ludovic Bablon ni Antoine Caret... Je chercherai leurs livres lors de mon prochain passage en bibliothèque, ainsi qu'un autre roman d'Anna Gavalda !.

Daniel Fattore a dit…

Très heureux de trouver un commentaire qui ne soit pas unilatéralement louangeur! Je viens de commettre le mien (ici: http://fattorius.over-blog.com/article-21530476.html), et je craignais de me faire lyncher. Et finalement, on se rejoint sur certains éléments... merci! Je m'en vais explorer votre blog.