21 juillet 2006

Beauté du diable

Un billet écrit par Sjokolade

Belle du Seigneur d'Albert COHEN (1895-1981), j’en entends parler dans ma famille-de-filles depuis des lustres. Ma grand-mère, mes tantes, ma mère, mes sœurs, ma belle-sœur : c’est bien simple, elles l’ont toutes lu ! Depuis mes dix ans, on me ressasse : « ah… tu verras, ‘faut absolument que tu lises ce bouquin pour tes vingt ans ». Je n’ai pas vingt ans, mais je me suis lancée. Et vu la taille du pavé, ça nécessite toute une préparation psychologique !

Je dois dire que j’étais pas mal sceptique, au départ. J’avais vraiment peur de tomber sur un « livre de fille », un truc fleur bleu, plein de bons sentiments, style Laura Ingalls début XXème. Mais je m’étais trompée.

Belle du Seigneur, c’est l’histoire d’amour avec un grand A. Ariane, jeune femme de la haute société genevoise protestante est l’épouse d’Adrien d’Aulbe, petit bourgeois qui travaille à la Société des Nations. Il ne songe qu’à sa carrière et est à la botte de ses supérieurs hiérarchiques. Adrien manque cruellement de personnalité et cela se ressent dans sa relation avec sa femme. Ariane s’ennuie mortellement dans sa grande maison, elle feint l’enthousiasme lorsque son mari lui raconte ses déboires dans son petit bureau de la SDN. Sa belle-mère est mesquine, son beau-père totalement insignifiant. Bref, Ariane a tout de la femme blasée… Mais, vous vous en seriez doutés, les choses vont changer. Le tournant s’appelle Solal. Patron d’Adrien, il est follement amoureux de la femme du fonctionnaire. Il s’arrange pour envoyer le « mari gênant » en mission pour trois mois et en profite pour séduire Ariane, qui ne résiste pas bien longtemps. La passion est née. Mais « avec le temps va, tout s’en va ». La passion flamboyante se désagrège peu à peu. Ariane et Solal, à l’image d’un Roméo et d’une Juliette, finissent par incarner deux héros tragiques par excellence.

« C’est terrible, ça finit mal » m’a-t-on répété. Mais non ! C’est beau justement parce que nos deux amants ne ressortent pas tout frais tout roses de leur relation. On n’est pas dans un roman de Barbara Cartland, que diable !

Le style de Cohen relève du génie. On plonge directement dans les pensées des personnages grâce à une écriture épurée, presque sans ponctuation, dans des paragraphes, des chapitres même, où l’auteur s’enflamme. Les pages défilent sans que l’on s’en rende compte. Le roman de plus de mille pages finit par nous paraître trop court ! Quel comble ! Cohen réussit à étouffer notre agacement vis-à-vis des deux héros, Ariane en particulier qui est parfaitement superficielle (elle passe des heures dans son bain à contempler ses orteils), en se focalisant également sur des personnages secondaires, tels que Mangeclous, l’excentrique majordome de Solal ou le grand-père de ce dernier, omnubilé par l’idée de trouver une épouse juive à son petit-fils.

En bref, Belle du Seigneur est un long livre, qui paraît trop court, justement à cause des longueurs de Cohen… Vous suivez ?! Ah, paradoxe, quand tu nous tiens…


Albert COHEN sur Wikipedia
1109 pages, coll. Folio - 9,70 €

1 commentaire:

Nico a dit…

Félicitations : je crois que tu détiens le record du bouquin le plus long présenté sur le BàL ! ... Quoi que Monster, avec 12 tomes lus et présentés, est assez volumineux aussi... :/