04 février 2007

Les Oiseaux

N'allez pas en conclure que Kevin Huizenga m'a converti à l'ornithologie mais... voici, après le recueil de nouvelles Une belle journée, un roman du Norvégien Tarjei VESAAS, au titre très hitchcockien (aucun rapport, pourtant) : Les Oiseaux, paru en 1957.

Une curieuse histoire que celle de Hege et Mattis, la sœur aînée et son frère. Mattis a une particularité : il est un peu simple. Ils vivent tous les deux dans une maison au bord d'un grand lac. Il n'est pas autonome, alors elle prend soin de lui et subvient à leurs besoins en tricotant. Il n'est jamais question de leurs parents, tout est comme si Hege et Mattis avaient toujours eu l'âge qu'ils ont, et comme s'ils avaient toujours vécu ensemble, seuls.

Autour de la maison, des chants valonnés. L'embauche se fait au jour le jour lors des périodes de récolte. Les saisons perdent leur durée, et se suivent comme des semaines ou des années. On a des souvenirs saison par saison. Mattis est marqué par le vol d'une bécasse au-dessus de la maison. Il y voit le signe de quelque chose : Hege finira par se séparer de lui, ou bien l'un d'entre eux mourra...

Un jour, au printemps, Hege envoie Mattis chercher du travail aux champs, ou dans les fermes des environs. Mattis se fait embaucher une journée, mais il est tellement peu efficace au travail, qu'on ne veut pas le reprendre le lendemain. Lui, cela l'arrange : il n'aspire pas à autre chose qu'à rester végéter dans la maison, ou sur le palier, aux côtés de sa sœur/maman.

Un autre jour, Mattis met sa vieille barque à l'eau et s'en va pour un tour sur le lac. Mais la barque prend l'eau. Mattis, ne sachant pas nager, rejoint difficilement un îlot rocailleux sur le lac, avant que sa barque ne touche le fond. Cet incident l'amène à rencontrer Anna et Inger, deux jeunes filles de son âge. Au retour de son expédition, Mattis est fier de lui parce qu'il s'est sorti vaillamment de la situation et que les deux filles, qui ne sont pas d'ici, ne semblent pas s'être rendu compte de sa différence. Dès lors, Mattis doit bien s'avouer que ses sentiments envers sa sœur sont depuis toujours emprunts d'une part de cette sensualité à laquelle Anna et Inger viennent de l'initier.

Or, au retour de cette escapade, Hege propose à Mattis de devenir passeur, en mettant sa barque et ses bras à disposition des gens qui voudraient traverser le lac. C'est le début du premier vrai métier de Mattis. Un métier dont il peut se sentir fier, parce qu'il en est capable. D'autant qu'il n'y a jamais personne à vouloir traverser le lac...

Sauf, un jour, un bûcheron nommé Jörgen. Il ne fallait pas autre chose qu'un solide bûcheron pour divertir Hege, et c'est le début des soucis pour Mattis, qui perd l'exclusivité de sa sœur.

L'écriture est dépouillée comme dans Tortilla Flat de Steinbeck, et Mattis peut justement rappeler Lenny dans Des souris et des hommes. Les dialogues sont particulièrement vivants et sonnent étrangement. Est-ce le talent du traducteur Régis Boyer que de réécrire le texte de Vesaas dans un français qui sonne comme une langue étrangère ? L'univers de Tarjei Vesaas est décidément captivant, et sa façon de tourner le quotidien en petits événements successifs est impressionante. Dans Les Oiseaux, grâce à ce style vraiment déconcertant, un simple d'esprit accède en quelques dizaines de pages à une dimension tragique.

Tarjei Vesaas : l'aridité de Knut Hamsun et le sens du drame confiné d'un Ibsen. Epatant !


165 pages, éd. Plein Chant - 13 €

2 commentaires:

Jordbær Syltetøy a dit…

Le Blog à Lire, source universitaire officielle de critiques en littérature scandinave : cher Webmaster, vous remplacerez bientôt Régis Boyer à la Sorbonne :)
Moi, j'aimerais continuer mon exploration des bouquins de la dénomée Sigrid Undset (en évitant soigneusement les romans historiques médiévaux), découvrir mieux Ibsen et bien sûr, à présent... Tarjei Vesaas. Si j'en ai le courage, je m'attaquerais bien aussi à Knut Hamsun. Quant à Bjørnstjerne Bjørnson, son nom m'inspire beaucoup (parce que imprononçable) ! Du côté suédois, j'aimerais lire les romans de Selma Largerlöf...
Tout un programme nordique ! Jostein Gaarder et sa Sophie ont bien de la concurrence parmi leurs chers compatriotes.

Nicolas a dit…

La présence d'un rayon nordique dans le CDI que je fréquente au quotidien a, je l'avoue, joué un rôle non négligeable dans mon envie de découvrir ces auteurs aux noms imprononçables, avec leur exotisme réfrigéré.
:p