23 octobre 2007

Yonder

C'est un livre de Siri HUSTVEDT, écrivaine américaine d'origine norvégienne, née en 1955, auteure de romans et de méditations (c'est le sous-titre de cet ouvrage) subtiles, nostalgiques, élégantes, apparemment simples. Siri est aussi, accessoirement mais pas tant que ça, la compagne d'un certain Paul Auster...

Il y a six méditations pour 275 pages.

"Yonder", qui ouvre le recueil et donne son titre à l'ouvrage, est le plus beau des quatre textes que j'ai lus à cette heure.
« Un jour mon père m'a demandé si je savais ce que signifie yonder. J'ai répondu qu'à mon idée, yonder était synonyme de there, là. Il a souri et m'a dit : "Non, yonder, c'est entre ici et là". ». Ce moment d'enfance reste ancré comme un phénomène de "magie linguistique", puisque un mot vient désigner quelque chose dont on ne pouvait soupçonner l'existence... avant que cette chose soit nommée. "Yonder", dès lors, devient non pas l'indécision entre ici et là, être ici ou là, aller là-bas ou rester ici, être d'ici ou d'ailleurs. "Yonder", c'est être dans cet espace entre ici et là.

Cette médiation inaugurale m'a absolument subjugué : ça n'est pas qu'une masturbation linguistique, mais une véritable leçon de vie et de littérature. Siri Hustvedt analyse sa double appartenance à la Norvège de ses origines, ainsi qu'aux U.S.A., et plus particulièrement à Northfield, petite ville du Minesota où elle a grandi. Lorsqu'elle part pour New York, il y a encore un "yonder" qui se dessine. Lorsqu'elle s'ouvre aux grandes émotions littéraires, c'est "yonder" à nouveau. "Yonder" devient le plus beau mot pour parler de soi et pour parler des livres. Livres qu'on lit, livres à écrire.

Le texte qui suit, "L'Annonciation de Vermeer", présente la lecture personnelle et (très) développée que fait Siri Hustvedt de La Dame au collier de perles, dont la couverture présente un détail. Le texte est long, trop long. L'interprétation, bien qu'intéressante voire originale, ne méritait pas de sortir des carnets d'étude de l'écrivaine, selon moi. Idem pour "Les Lunettes de Gatsby", troisième texte. La seule chose qui m'a intéressé, c'est le lien entre l'obsession de Hustvedt pour Gatsby et sa rencontre avec Paul Auster à New York.

Quatrième texte, "Plaidoyer pour Eros"... Ah la la... :)


275 pages, coll. Babel - 7,50 €

22 octobre 2007

Hygiène de l'assassin

L’écrivain Prétextat Tach va mourir dans deux mois d’une maladie rare au nom délectable : le syndrome d’Elzenveiverplatz. Sous l’impulsion de son secrétaire, il accepte, de mauvaise grâce, de rencontrer quelques journalistes triés sur le volet.
Pendant les 80 premières pages, nous assistons donc à quatre interviews de l’auteur de génie que personne n’a lu mais qui est terriiiblement tendance. Une parodie d’interview, parfois longuette, qui nous prend en étau : le personnage de l’écrivain est cinglant et odieux (il rappelle les personnages d’un Bukowski), mais les journalistes sont absolument inintéressants, et on éprouve un malin plaisir à les voir envoyés au tapis par le vieillard cynique.

La cinquième interview fait décoller le roman : à partir de ce moment le lecteur savoure les réparties habiles et impertinentes qu’offre une journaliste au vieil adipeux. Un duel verbal s’engage, après une entrée en matière particulièrement tonique. La journaliste qui connaît l’œuvre de P. Tach est là pour obtenir des réponses sur un seul des romans de Prétextat Tach : celui que bizarrement, il a publié inachevé.

La jeune journaliste ne se laisse pas prendre au piège de la violence provocante et machiste des discours du gros Tach et le pousse peu à peu dans les retranchements graisseux mais peu reluisants de sa mémoire. L’interview devient interrogatoire. Mais l’enquête est dangereuse : c’est un bras de fer psychologique, où la force des adversaires se mesure au mélange de répulsion et d’admiration que chacun voue à l’autre.

On aime ou on n’aime pas Amélie NOTHOMB : bien sûr, son omniprésence dans les médias, sa photo sur chacun de ses romans, son allure gothique, sa production prolifique… Mais nous ne sommes pas là pour juger le personnage, mais ce qu’il écrit.

Or Amélie Nothomb écrit bien et manie les mots avec délectation : n’est-ce pas délicieux de déguster la saveur d’un « hièrophante » à partir duquel elle crée « hierinfante » ? Ceux à qui ces subtils jeux de mots font grincer les dents manquent d’humilité. Certains s’agacent aussi des multiples références littéraires, souvent classiques, parfois exposées au grand jour, parfois sous-entendues… Mais doit-on reprocher à un artiste d’être cultivé et d’émousser notre curiosité ? Oui, il faut ouvrir un dictionnaire… Et alors ?


180 pages, coll. Points Seuil - 4,75 €
Ce billet est proposé par une lectrice du BàL

50 048

Incroyable : hier matin, le BàL affichait 49 900 visites. Ce matin, 50 048.

Le franchissement hautement symbolique des 50 000 visites s'est donc fait discrètement. Merci à tous ceux qui non seulement lisent ce blog, mais y participent à travers des commentaires (Black, ton dernier commentaire est vraiment très beau ; Tanguy, on ne t'entend pas assez ; Julie, il y aura de nouveau des BD d'ici Noël... ) ou des billets (Pelouse Kem, tu as ton fan club ici... ).

Et maintenant ? Qui a dit « Cap à la 100 000è » ?

=)

19 octobre 2007

"En Mer"

Guy de MAUPASSANT (1850-1893) est célèbre pour ses contes, en particulier pour les contes fantastiques tels Le Horla que nous avons tous lu (sauf moi, jamais). Je l'avoue pour ma part : je préfère Maupassant romancier que conteur.

Pourtant, la lecture récente de "En Mer", tiré des Contes de la Bécasse (1883), m'a de nouveau interpellé.

Est-ce un conte, est-ce une nouvelle ?
En posant cette question générique (qui vise à définir un genre) à des élèves de Seconde, leurs réponses se concentrent sur les traits qui permettent de différencier la nouvelle du roman, et non du conte : simplicité de l'intrigue, nombre de personnages... La nouvelle se termine par une chute surprenante et parfois inquiétante, le conte par une fin heureuse : « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants. »
Clichés qui perdurent...
On me dit aussi que la nouvelle est souvent tirée d'un fait divers. Or c'est bien le cas de "En Mer"... mais "En Mer" est un conte !
Pourquoi ? Je vais vous le dire (en attendant, admirez ma syntaxe toute présidentielle).
D'abord, c'est un conte parce que Maupassant l'intitule comme cela. Ensuite, parce que le narrateur nous sert d'intermédiaire : il n'a pas vu/vécu l'intrigue, elle ne le concerne même pas particulièrement, mais il l'a entendue/lue avant nous et, parce qu'il sait le faire, il endosse pour nous son costume de conteur. Car conter est un jeu de rôle. Le conteur se joue de la narration : il raconte. Alors que le narrateur d'une nouvelle est l'auteur même de l'intrigue.

Est-ce du fantastique ?
Cela dépend de ce que l'on entend par fantastique. S'il s'agit de suivre bêtement la recette fantastique, dont les ingrédients pêle-mêle sont une nuit obscure, la pleine lune, un cadavre encore chaud, quelques litres de sang, un cri de femme au lointain, des créatures cruelles... alors NON, "En Mer" n'est franchement pas un conte fantastique.
Pourtant, en posant la question plus subtilement, si l'on considère que le fantastique surgit là où l'on franchit une frontière... alors "En Mer" se déroule entre terre et mer, entre les rivages de France et ceux d'Angleterre, entre deux frères qui partage un même nom sans jamais qu'on nous donne leurs prénoms respectifs... Au moment où surgit l'événement central de ce conte, il n'y a pas de cassure apparente dans l'ordinaire. Mais les éléments naturels, étrangement, se manifestent tout autrement.
Il se dégage, en bref, une atmosphère d'inquiétante étrangeté.


Maupassant, "En Mer", in Contes de la Bécasse (env. 6 pages)

To the happy few

Certains d'entre vous, peu nombreux sans doute, reconnaîtront cette publicité pour une librairie indépendante...

02 octobre 2007

Le Sabotage amoureux

Non, vous ne rêvez pas : c'est bel et bien un nouveau billet de lecture qui arrive. J'ai décidé de remplacer la voiture par le train. D'où la possibilité de bouquiner à nouveau. Alors plus que jamais, avec le BàL, "éloignez-vous de la bordure du quai" !

Le Sabotage amoureux, c'est un des titres d'Amélie NOTHOMB qu'on trouve facilement sur les listes de Bac de Français. Mais l'E.A.F., alias Epreuve Anticipée de Français du Bac, vous n'en êtes pas forcément un consommateur forcené ? Alors voilà, je précise : Le Sabotage amoureux, avec Stupeur et tremblements, Métaphysique des tubes et Hygiène de l'assassin, ce sont les gros titres de la Belge et néanmoins gothique Amélie.

Pour faire la nique à son homonyme, qui n'était que poulain, cette Amélie là, lasse de l'homélie, chevauche un destrier adulte dans un monde d'enfants. A moins que ce ne soit le contraire. Bref, à peine a-t-elle posé le pied en Chine que la jeune Amélie, dont le papa est diplomate, découvre le quartier bétonné où vivent tous les occidentaux. Les sorties du blockhaus sont autorisées, et la fillette s'évade dans la cité des Ventilateurs en donnant de furieux coups de pédale, telle celle qui murmurait au guidon des bicyclettes. C'est chouette.

Amélie et ses parents débarquent dans la Chine dévastée par le Communisme après avoir connu le Japon aristocrate et impérial. Ça rend nostalgique, forcément, même une petite fille. Amélie s'adonne alors au genre de sentiments et d'attitudes qui la placent au-dessus du commun des mortels.

Très vite dans le microcosme occidental, où l'on ne trouve que des enfants de diplomates, la seule occupation valable devient : faire la guerre. Les seuls ennemis tout désignés sont les Allemands de l'Est, car du point de vue d'Amélie et de ses camarades, l'armistice est caduque, c'est un compromis entre adultes, une lâcheté innommable.

Dans les deux camps, dès lors, les jeunes stratèges inventent des tortures exquises, des baptêmes infernaux : vomir sur l'ennemi, le baigner dans une mixture dont je vous passe les ingrédients, ou bien, ou bien... pisser dans les yaourts.

Amélie rencontre aussi l'amour absolu, douloureux, sadique, grâce à Elena, jeune beauté italienne : regard glacial, démarche hautaine, elle est superbe. La guerre de Troie a eu lieu pour la beauté d'Hélène, Elena mérite bien un holocauste à San Li Tun.

Amélie Nothomb compose ici un récit très drôle, plein d'ironie mordante. A travers les yeux de sa puérile héroïne, même la rigueur du Communisme chinois devient fantasque. Il se développe à travers tout le roman une zone de non-dit qui amène des quiproquo. Le Sabotage amoureux ne vaut pas tant, selon moi, pour l'analyse des premiers sentiments amoureux, que pour le témoignage venu tout droit du monde de l'enfance. Tout est à l'échelle : la cruauté des jeux, la violence des sentiments, les bouleversements intimes. Finalement, les adultes sont comme des enfants à qui l'on aurait retiré l'auto-dérision.


164 pages, coll. Magnard "Classiques et contemporains" - 5 €

01 octobre 2007

Chers lecteurs

En ce moment je ne lis plus, mais je vous aime toujours autant.

Dès que le rythme redevient tenable, et que j'arrête de rouler rouler rouler... promis ! j'écris de nouveau.

Gardez le sourire... :)