02 juin 2008

(BD) Le Secret de l'Espadon

Bon eh bien ça y est : je me suis initié à Blake et Mortimer ! Et en commençant par le commencement, en plus : facile, les BD signées Edgar P. JACOBS ont leur propre numérotation chez Dargaud, et j'ai suivi : 1, 2, 3. C'est donc une trilogie, bravo pour ta perspicacité.

L'HISTOIRE. Basam-Damdu, Empereur du Tibet, est un dandereux dictateur qui a installé ses quartiers à Lhassa. Epaulé par un renégat occidental, le terrifiant Colonel Olrik, Basam-Damdu s'apprête à écraser les principales villes de l'Occident pour mettre le monde à ses pieds. La BD commence ainsi comme un film catastrophe, et Moscou, Rome, Berlin, Paris sont atomisés ; plus grave : Londres y passe aussi. Mais là, by Jove, c'est le pas de trop pour le capitaine (Sir) Francis Blake et son camarade le savant Mortimer. Ce dernier était justement sur le point de faire construire une arme de dissuasion massive à l'encontre de Basam-Damdu et de ses escadrons : une sorte d'objet volant bizarroïde baptisé l'Espadon.
Blake et Mortimer prennent la fuite pendant qu'un peu partout dans le monde, particulièrement dans le royaume britannique, des poches de résistance s'organisent.

Voici une BD de facture classique, dans la lignée de Tintin (Jacobs travailla auprès de Hergé) mais avec un esprit définitivement James Bond avant l'heure. Les pages sont remplies de texte, les bulles prennent souvent les deux tiers de la case, la mise en page est sobre et classique, bien que très graphique et colorée de façon assez moderne (aplats de couleurs vives... les méchants dégradés viendront sur les tomes suivants). Il y a un narrateur qui raconte l'histoire au présent, au risque de répéter ce que l'image dit déjà ("A ce moment-là, le téléphone sonne", et on voit un téléphone qui fait "DRING DRING"... ). L'auteur semble se défier du dessin ; en tout cas il fait comme si le dessin ne savait pas raconter. E.P. Jacobs, fin dessinateur, s'applique au texte écrit et en fait de trop. Il dessine bien mais écrit mal. Par exemple, il faut à tout prix que toutes les actions soient simultanées : "Au même moment", "Pendant ce temps", Jacobs ne connaît pas la succession, seulement la simultanéité. Autre couac : l'utilisation des "Mais". Parfois trois "mais" consécutifs... Un autre encore : quand un personnage rapporte à un autre un événement récent qui s'est déroulé dans un autre lieu, il utilise le passé simple au lieu du passé composé. Personne n'utilise le passé simple à l'oral ; Jacobs, si.

Pour le reste, la BD est divertissante. Il faut passer au-dessus du racisme primaire envers les "jaunes", tout comme pour d'autres raisons on ne prête pas attention aux méchants "rouges" lorsqu'on regarde un bon (pas si) vieux James Bond. Le troisième tome est décevant : Jacobs a tellement suivi de près ses deux personnages éponymes dans les deux premiers tomes qu'il se retrouve obligé de commencer le troisième par une quinzaine de pages où on ne les aperçoit pas : on ne voit que des personnages secondaires, parce que sans ces personnages secondaires auxquels il faut faire une place à la dernière minute, le dénouement ne pourrait avoir lieu. La scène finale, qui révèle au lecteur l'Espadon tant attendu, est grotesque à souhait : elle consiste à tracer des courbes jaunes avec un vilain coucou dans le ciel, et à balancer la purée sur les méchants.

En gros, une aventure de Blake et Mortimer c'est un peu comme une aventure de Tintin, avec de l'espionnage en plus et de l'humour en moins. Un peu primitif, mais divertissant.


3 x 56 pages, éd. Dargaud - 13,50 € chaque tome

3 commentaires:

calepin a dit…

Peut-être pas le meilleur "Blake et Mortimer" pour s'initer... Je vous conseille de retenter l'expérience avec "Le piège diabolique", une version Jacobsienne vraiment réussie de "La machine à explorer le temps" (en plus, c'est du condensé : un seul tome cette fois-ci...)

Sam a dit…

Tiens moi non plus, je n'ai jamais eu l'occasion de lire ces classiques de la bd... faut que je rectifie le tir!

Roxane Von Allmen a dit…

Oh quand je les ai lus, je n'étais pas aussi critique, il faut dire que ça date un peu...