21 janvier 2009

Inconnu à cette adresse

Kathrine Kressman TAYLOR (1903-1997) était américaine, née dans une famille d'origine allemande. Dans les années 1930, elle est extrêmement lucide vis-à-vis de la montée du nazisme en Allemagne. Elle imagine alors ce récit épistolaire.

L'HISTOIRE : Deux amis collectionneurs d'art sont responsables d'une galerie à San Francisco. Ils sont d'origine allemande, ayant fui l'Europe après le traumatisme de la Première Guerre mondiale. L'un des deux, Martin, repart au pays natal ; l'autre, Max, reste à San Francisco. C'est le point de départ de leurs lettres. Martin ouvre une galerie à Munich. Après avoir fait le constat de la pauvreté et de l'humilité extrême dans lesquelles vit la population allemande, il est rapidement fasciné par le personnage d'Adolf Hitler, qui vient d'apparaître sur la scène politique. Il devient cadre du parti nazi. Max, à distance, demande des explications à Martin : il ne comprend pas comment son ami peut se fourvoyer avec des gens qui méprisent la culture humaniste et le modernisme, des gens qui sont en train d'organiser l'élimination des Juifs.

Ce ne sont pas plus d'une trentaine de lettres en une soixantaine de pages, mais l'écriture de Kressman Taylor est terriblement efficace. Le désarroi de Max et la froide rigueur de Martin ne nécessitent aucun débordement. Dans le moment le plus tendu de l'intrigue, un câblogramme tient lieu de lettre. Plus de place pour les impressions, les nuances, l'échange cordial entre deux hommes cultivés : revenons-en à la poésie rugueuse des échanges commerciaux... sauf que ça ne fait pas très propre, un cadre nazi faisant commerce d'art dégénéré avec un Juif américain.

La correspondance s'arrête en mars 1934. Le pire est encore à venir, mais l'incendie du Reichtag a déjà eu lieu et la nuit des longs couteaux arrive. La dernière lettre de Max Eisenstein à son associé Martin Schulse finit par lui revenir : Inconnu à cette adresse.

Un grand petit livre.


91 pages avec le très intéressant dossier, coll. Livre de Poche Jeunesse - 4,90 €
Ce livre fait partie de la Quinzaine des correspondances

8 commentaires:

Leiloona a dit…

Un grand petit livre : très bien résumé ! :)

Nicolas a dit…

Oui je suis toujours à la recherche de la petite formule finale... :p

ah a dit…

En 19 lettres exactement, la tension dramatique est très forte et réside presqu'entièrement dans le non-dit. Le mécanisme de la vengeance est implacable.
Cette nouvelle est un bijou, à la fois accessible à tous et d'une grande valeur littéraire.

Sur le même thème d'une amitié déchirée par le contexte historique, on peut lire, en littérature jeunesse : "L'ami retrouvé" de Fred Ulhman, "Si tu veux être mon amie" de Galit Fink et Mervet Akram Sha'ban (on y retrouve l'échange de lettres, sur fond de conflit isréaélo-palestinien). Et aussi le "Jeannot et Colin" de Voltaire.

Cécile Qd9 a dit…

Je l'ai vu très récemment au théâtre du Lucernaire à Paris (je précise parce que je ne sais pas d'où tu es toi) et même si on sentait bien toute la tension dramatique, un des deux acteurs surjouait et grimaçait inutilement ce qui nuisait à la crédibilité du propos.
Ayant l'histoire et le texte encore trop en tête, je vais attendre un peu avant de le lire mais il m'attend sagement dans un carton chez moi...

Nicolas2 a dit…

Un grand petit livre comme tu dis. On voudrait que ce soit encore plus long. En tout cas, ce roman est très réaliste, en plus de se dévorer. Très très bon.

calypso a dit…

Superbe roman épistolaire en effet ! A faire découvrir aux jeunes !

Gi (encore...) a dit…

Je l’ai lu, la fin est vraiment surprenante. L’idée est géniale.

Nicolas a dit…

Oui c'est un très bon bouquin. C'est devenu un classique et c'est très étudié en Troisième. Même l'inspection a de l'estime pour ce bouquin, c'est signe qu'il réussit à faire oublier son étiquetage "littérature jeunesse", puisque depuis peu la littérature jeunesse est de nouveau conspuée dans les instructions officielles...